Lorsque le corps souffre, lorsque la douleur dure longtemps, il vient un temps où la capacité de tenir le coup craque, où la capacité d’endurance fond. C’est le moment où la souffrance devient psychologique.
La douleur psychologique
Ah! Le mental. C’est fort le mental, mais il y a des limites. Les miennes ont été réduites en miettes au cours de la dernière année, après les traitements au Cyberknife pour mes premières métastases au cerveau. Le bordel a commencé avec le médecin qui n’a pas vu à me sevrer des corticostéroïdes assez rapidement, ce qui fait que j’ai récolté un effet secondaire de trop, une myopathie. Ensuite, j’ai récolté des embolies pulmonaires aux deux poumons et un infarctus au poumon droit. Comme si ce n’était pas assez, la douleur physique au dos a commencé l’automne dernier et s’est poursuivie – en augmentant continuellement – jusqu’à ce que j’aie le résultat de mes scans en janvier, résultats qui s’avéraient désastreux, avec propagation importante des métastases aux os, au cerveau, et la multiplication des nodules aux poumons.
Psychologiquement, l’effet a été simple: je me suis retrouvé extrêmement dépressif, avec une anxiété constante. Je naviguais entre l’envie d’en finir – le suicide, ce n’est pas complexe – et la volonté de surmonter cette nouvelle vague de progrès de la maladie. Évidemment, trouver le sommeil naturellement était impossible. À travers cette période, si ce n’avait été d’Isabelle, de mes beaux-parents (Micheline et Roger), de mon beau-frère et ma belle-soeur (Vincent et Valérie) et de mon fils et sa blonde (Vincent et Alex), ainsi que de quelques rares amis, je crois bien que je ne serais plus de ce monde.
Oser l’espoir devient de plus en plus difficile, à chaque fois que la maladie progresse. Je sais bien qu’éventuellement, ce cancer aura ma peau. Mais dans les vagues de la dépression et de l’anxiété, je me disais – et mes proches me disaient – qu’il y avait des chances que le nouveau traitement que j’avais choisi – je suis revenu au Sutent – puisse fort bien tout freiner et m’acheter encore une bonne tranche de temps. Du temps de vie dont je pourrais profiter vraiment, pas seulement souffrir en disant que j’étais toujours vivant.
J’ai repris contact avec une psychologue, spécialisée en oncologie, avec un psychiatre, spécialisé en oncologie, en plus de lire du Krishnamurti. Si ces spécialistes peuvent aider, jusqu’à un certain point, c’est par rapport au cancer. Si vous avez plutôt besoin de plus d’analyse, d’une psychanalyse même, vous avez intérêt à avoir des assurances ou beaucoup de fric, car c’est dans le privé qu’il vous faudra aller chercher. Alors je m’en passe. Pendant quelques mois, j’ai aussi pris de l’Ativan, question de diminuer mon anxiété. Je les appellerais mes antidouleurs pour le mental. Graduellement, les choses se calment, mais là encore, rien de facile.
Si je regarde mon cheminement des trois derniers mois, je dois avouer que j’arrive presque à me tenir mentalement debout face à ma situation. Presque. Il suffit d’événements qui nous font sentir la pression économique qui nous écrase, moi et Isabelle, pour que l’anxiété remonte en flèche. Et, après plus de cinq ans à écouter le moindre signal que peut me donner mon corps, toute nouvelle douleur, tout malaise fait sonner toutes les alarmes dans ma tête.
En même temps, je ne veux pas devenir accro aux médicaments tels que le Xanax ou l’Ativan. Je me dis, me répète ad nauseam que je peux arriver à me calmer par moi-même. Et, pour des périodes plus ou moins longues, j’y arrive, en profitant pour lire, écrire, voir des films, écouter de la musique, jaser avec ma blonde (d’autre chose que le putain de cancer!), bref vivre aussi normalement que je le peux. Mais le cancer ne disparaitra pas, les tests non plus. Alors, comme aujourd’hui, lendemain d’une IRM du cerveau, une semaine avant une scintigraphie osseuse et deux semaines avant un scan abdo-pelvien, mes vieux démons sont fidèles au poste pour me hanter. À ces moments, oui, un Ativan de temps à autre aide à réduire la pression.
Le fait que j’aie repris passablement de forces, physiquement, est aussi un point clé: quand le corps se porte bien (aussi bien qu’il le peut dans les circonstances), il devient plus facile de VIVRE, de faire des choses plutôt que d’être prostré sur un lit d’hôpital à défiler les scénarios catastrophe qui vous viennent inévitablement à l’esprit.
La douleur ou la souffrance psychologique est aussi complexe à gérer, sinon plus, que la douleur physique. Dans mon cas, c’est simple à expliquer: j’ai tellement souffert physiquement que, psychologiquement, ce qui me hante le plus est la peur de la douleur, pas la peur de la mort. Avec la mort, la douleur est finie. Mais le parcours, lui il me fait peur. Et, en prime, il y a l’émotif, mais ça, c’est pour le prochain volet.