Une heure quinze du matin, un peu chiant comme heure pour se réveiller! Aussi bien en profiter pour un petit billet sur la semaine de ma chirurgie, avant que les souvenirs ne s’effacent. Entre les médicaments et l’anesthésie, d’ici quelques semaines, tout ça ne sera plus qu’un grand flou, et il n’y aura qu’Isa pour s’en souvenir.
Alors, le 19 avril, admission à l’hôpital St-Luc pour ma chirurgie le lendemain. Au menu, ablation de la glande surrénale et de la tumeur qu’y s’y trouve par voie laparoscopique par le Dr Kevin Zorn. Quelques heures après mon admission, j’apprends que je serai le premier cas le lendemain matin. C’est bien, le jeûne ne durera pas trop longtemps.
Le 20, c’est parti. On file au bloc opératoire. Quelques vagues souvenirs: l’anesthésiste qui rate sa première piqûre à la main gauche (j’en ai encore un hématome), une salle d’opération bourrée d’appareils de tout genre, lampes aux allures futuriste au-dessus de la table d’opération. En tout, la chirurgie durera cinq heures et je serai de retour à ma chambre à 14 heures. Ça c’est Isa qui me l’a dit. Pendant ce temps, elle ne dormait pas, elle vivait le stress d’attendre.
Quelques autres souvenirs en vrac:
L’infirmier – qui était venu, la veille de l’opération, me parler longuement des procédures, me dire de ne pas avoir peur de demander des pilules pour la douleur. Après mon opération, le même infirmier a trouvé le moyen de trébucher sur le tube de ma sonde urinaire. Douleur, vous dites?
Le résident – venu m’enlever mon drain, le lendemain de l’opération. Qui a eu le culot de me dire que je n’avais pas à crier de douleur pendant qu’il tirait sur ce tube qui me semblait interminable et me soulignait que la douleur n’était provoquée que par le frottement dudit tube sur mon diaphragme. L’effet, à mon souvenir, m’a donné l’impression d’un coup de couteau à l’épaule gauche en plus d’une douleur aigüe au diaphragme. J’aimerais qu’il subisse la même procédure, avec autant de froideur clinique, question de voir comment il aime ça, lui, la douleur.
Les infirmières, y compris l’infirmière chef du département – venues me voir vite, très vite, parce que je voulais descendre au rez-de-chaussée le lendemain de mon opération. Me disant que ça ne se faisait pas. Une d’entre elles me disant que ça faisait 20 ans qu’elle était dans le département et que mon docteur était un p’tit nouveau, et que ça ne se faisait pas. Je me souviens encore que ce qui m’est passé par la tête à ce moment-là, c’est une question: peut-être qu’après 20 ans dans votre département, il serait peut-être temps pour une petite mise à niveau tenant compte des nouvelles techniques chirurgicales?
Même impression que lors de mon séjour de 2007, pour ma néphrectomie: surtout, ne pas déranger la routine établie. On a une façon de prendre soin de vous, alors surtout, faites ce que l’on dit et tout ira bien. Le milieu hospitalier semble avoir une sainte horreur pour tout changement. Un peu comme un morceau de bagnole sur une chaîne de montage: est-ce que les morceaux veulent des changements, eux? Non. Bon ben alors, faites pareil.

!!! et dans tout cela, y avait il quelqu’un d’humain? peut etre, mais tu ne l’as pas vu… alors nous de notre coté, voilà comment nous avons vécu cette journée : suspendus à facebook, laissant ca et la des petits messages juste pour dire qu’on était là, pas loin, très loin, mais tout près. Chaque message d ‘isa apportait comme une nouvelle, pas nouvelle puisque rien n’était terminé, mais nous vivions à son rythme.
Aujourdh’ui tu écris ce qu’hier tu as ressenti. Et demain, tu reprends une route, chaque instant étant à vivre comme essentiel, porté par les souvenirs douloureux, et l’avenir à construire.
Avec toi Benoit, sur le chemin…