Question aux oncologues

Je vous ai déjà parlé du blogue de Leroy Sievers, journaliste, correspondant de guerre, décédé récemment du cancer. Sa compagne, Laurie, signe maintenant les billets sur son blogue, et depuis quelques jours, elle donne la parole aux spécialistes qui ont traité Leroy. Ce sont des témoignages particulièrement humains, touchants, mais ce sont aussi des propos qui, pour moi, soulèvent des questions, beaucoup de questions. À moins que ce ne soit une seule et même question…

Dans un billet daté du 25 août 2008, l’oncologue de Leroy, le Dr Christian Meyer, dit - entre autres - ceci:

During that first meeting and through many others, there were many questions with few real answers. There was always a plan reached through careful discussion, but no real answers … just more questions. With Leroy, it wasn’t the questions or the lack of answers, but the honest discussion that was important.

Traduit librement, ça donne:

Au cours de cette première rencontre et pendant plusieurs autres, il y a eu plusieurs questions avec peu de véritables réponses. Il y avait toujours un plan établi après une discussion détaillée, mais pas de vraies réponses … simplement plus de questions. Avec Leroy, ce n’était pas les questions ou l’absence de réponses, mais l’honnête discussion qui était importante.

Étrangement, quand j’y pense, c’est ce que j’ai l’impression de ne pas avoir. Je vous explique. J’ai eu un certain nombre de discussions avec mon uro-oncologue. J’en ai eu d’autres avec d’autres uro-oncologues. Toutes, sans exception, m’ont laissé avec un même doute: est-ce que le traitement qu’il me propose est vraiment mon meilleur choix?

Outre mon oncologue traitant, il y en a essentiellement deux autres avec lesquels j’ai eu des conversations un peu plus étoffées, auxquels j’ai posé plus de questions quant aux traitements qu’ils considéraient le plus approprié pour moi. Et à chaque fois, ils s’appuyaient sur l’étude X ou Y pour expliquer leur choix de traitement, tel ou tel médicament. Quand le docteur Untel dit ‘telle étude démontre que c’est la meilleure option’ et qu’un de ses collègues dit plutôt ‘oui, mais telle étude démontre que c’est ce médicament-ci la meilleure option’, est-ce que j’ai droit à une opinion honnête et éclairée ou est-ce que c’est une opinion visant à valider ce que chacun de ces spécialistes défend comme protocole de traitement à privilégier?

Je vous épargne les commentaires du genre ‘Oui, mais Untel a déjà travaillé pour telle compagnie pharmaceutique’ ou ‘C’est vrai que tel service d’oncologie a plus de services rattachés aux soins des patients, mais quand les gens de cette communauté veulent se faire soigner, ils viennent chez nous. Sauf que quand ils décèdent, ils font un don à l’autre hôpital, donc ils ont plus de budget que nous.’

Bref, dans tout ça, j’ai beau avoir rencontré plusieurs uro-oncologues, j’ai beau en avoir un qui me traite, je n’ai toujours pas l’impression d’avoir ‘mon’ uro-oncologue, un médecin qui me présente toutes les options, sans parti-pris, dans mon intérêt, pas dans l’intérêt de ses études, de ses statistiques, du financement de son service ou de la cote de l’hôpital où il pratique.

Ma psychologue me rappelait que je devais choisir mes batailles. Effectivement, me battre contre certaines choses que je ne peux changer ne sert à rien, sinon à gruger mon énergie pour rien, et j’ai bien l’impression que ce que je décris ci-dessus fait partie de ces batailles qu’il vaut mieux ne pas se taper.

Alors, en bout de ligne, je prends mes pilules matin et soir, j’endure les effets secondaires et je ferme ma gueule, mais si on me posait la question «Avez-vous l’impression d’avoir eu des échanges honnêtes avec votre médecin et l’impression que l’on vous a offert un profil honnête de vos options de traitement?», je répondrais sans hésitation «Non»…

Nexavar, Sutent, Torisel, Rad001 (pour ne nommer que ceux-là)… Lequel recommandez-vous, docteur, et pourquoi?

 

Ajouter un commentaire