Petit dimanche

Début de dimanche tranquille. Isa dort toujours, pas un chat qui bouge (faut le faire quand on en a cinq!). Premier café, première clope, survol des nouvelles (toujours autant de débilités un peu partout), puis blogue. Un dimanche ordinaire, banal. Et je souris en constatant à quel point c’est bien un début de journée comme ça!

J’en parlais à Isa encore hier. On parlait de Paris (oui, oui, ça risque de revenir fréquemment sur le sujet au cours du prochain mois!), de Montréal. Non pas que l’on puisse vraiment comparer les deux. Paris, ville lumière… Montréal, ville nids de poule; une dizaine de millions d’habitants d’un côté, à peu près trois millions de l’autre, si l’on compte les banlieues montréalaises.

Mais on comparait quand même. Je me rappelais ce matin où, tout juste arrivé à Paris avec un ami, on cherchait les bureaux d’une agence qui organise des visites des principales attractions touristiques de la ville en autocar. On était un peu perdus, sur le trottoir, à regarder notre carte et à chercher nos directions. Je me rappelle encore la frustration d’essayer de demander l’aide des piétons parisiens, filant tête baissée - vers le travail, l’âme soeur, les chiottes? - et ne s’arrêtant surtout pas, peu importe la politesse de la demande. Finalement, après ce qui nous avait semblé une éternité mais ne devait être qu’une petite demi-heure, un bon samaritain avait non seulement écouté notre demande, mais nous avait aussi accompagné jusqu’à l’endroit où l’on voulait aller, à deux rues d’où on était. Dieu merci, il y a eu cette personne pour nuancer un peu mes premiers souvenirs de Paris, des parisiens.

Alors hier, on comparait. Et les montréalais deviennent un petit peu plus parisiens à chaque jour, à chaque année qui passe. On reconnaît le même genre d’impatience, la même bulle imperméable autour de plus en plus de personnes. Cet art de foncer tête baissée. C’est un peu apparu à cause des mendiants qui se retrouvent de plus en plus au centre-ville, au coin de toutes les rues un peu achalandées aussi. À pied, ils vous abordent, vous demandent de l’argent ou une cigarette s’ils vous voient fumer. En voiture, soit qu’ils vous demandent de l’argent ou ils s’attaquent au pare-brise de votre voiture aux feux rouges pour le ‘laver’ et, évidemment, s’attendent à ce que vous leur donniez quelques sous pour les remercier de leur effort. Rien à foutre que votre pare-brise soit déjà propre ou que vous leur indiquiez non à plusieurs reprises. Et si vous ne donnez rien, alors la réaction va de l’indifférence à l’injure.

Donc, les gens ont appris à foncer. Ils ont appris à n’arrêter pour rien au monde. J’ai même appris à laisser fonctionner les essuie-glace aux intersections, parce que moi aussi, j’en ai ras-le-bol de me faire sans cesse solliciter, parce que j’en ai ras-le-bol que peu importe ce que je peux donner aux oeuvres de charité à chaque année et tout ce que je paie pour le ‘privilège’ de vivre en ville et en société, je me fasse encore presser le citron.

Et parlant de citron, autre raison de l’empressement à la parisienne de plus en plus présent à Montréal, le pressage de citron par les employeurs. J’ai l’impression qu’en France, on le presse depuis plus longtemps qu’ici, mais on s’en approche de plus en plus. Il faut être performant, productif, partout, toujours. Alors on court. On en oublie de vivre. On en oublie les autres.

J’en viens à penser que ce n’est pas mal du tout d’avoir eu ce cancer, parce que je n’ai pas eu le choix d’arrêter de courir, ne serait-ce que pour un temps. Et c’est quand on arrête qu’on en vient à regarder les autres, et par le fait même à se regarder, parce que là, on a le temps. Et je n’avais jamais vraiment remarqué que l’on a de plus en plus l’air de hamsters courant dans une roue qui mène nulle part, juste parce que l’on nous dit qu’il le faut…

 

3 Commentaires

  1. mich de france

    Nous espérons, naturellement, que les premières impressions de ton prochain séjour à Paris seront un peu moins négatives que les anciennes…
    Même s’il existe, on ne peut le nier, un bon nombre de “hamsters”, il existe aussi fort heureusement des gens qui prennent le temps de s’arrêter (parfois même de sourire — et c’est le top!). Il reste quelques “maudits français” chez qui le vernis de civilisation n’est pas trop écorné!!!
    Et puis, je crois, les sources de renseignements sont plus faciles à trouver qu’autrefois. Paris n’est pas pour rien (paraît-il) la 1ère destination touristique du monde: les plans de quartier à chaque station de métro et les panneaux d’affichage, les flèches de direction y abondent, sans compter les dépliants que l’on distribue dès la “haute saison” aux guichets du métro ou dans les agences et autres offices touristiques.

  2. ha ben c’est ma hantise que ma pitite ville (hehe) puisse avoir tout plein d’ondes négatives! Mais je les vois aussi ces parisiens pressés, stressés, limite pas agréables pour un sou.

    Pour moi, c’est le paris bling-bling (comme ils disent quand ils parlent de sarko) qui me fait suer. Cette montée des enchères, ces hotels pourris et ces restaus dégueux à des prix exorbitants. Dommage que les élections soient déjà passées, je me serais présentée et j’aurais changé tout ça, bien sûr :P

    M’enfin, les parisiens c’est aussi nous, ouf ;-)
    (pour combien de temps, je ne sais pas, une classe moyenne genre modeste est sur le point d’être éjectée de cette capitale de strass que j’adore pas mal pourtant…)

    Et Paris se tarde de se voir honorée de votre visite, avec de la chance, vous ne serez pas déçus, peut-être même le contraire!

  3. Nade de Lyon

    Quand j’ai lu ton message j’ai cru lire celui de ma fille qui a vécu 2 ans a Paris et qui s’est empressé de revenir a Lyon après ses études .Tout ce que tu dis elle l’a vécu aussi avec étonnement quand on vient de province .Je m’empresse d’ajouter que tout les parisien ne sont pas comme cela puisqu’elle a par-contre eut le propriétaire de son appartement qui était un homme charmant ainsi que son épouse .Tu devrais essayer aussi la province tout est différent moins de bling-bling même si je suis d’accord avec toi les patrons pressent bien le citron par ici aussi .Bienvenu dans l’hexagone

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