Ballade du samedi soir…

20 01 2008

Titre peu original puisqu’il reprend presque le titre d’une précédente chronique, avec la différence que la fois précédente, il s’agissait de la ballade du vendredi soir. Même topo toutefois: voyage en ambulance jusqu’à l’urgence de l’hôpital St-Luc.

Contrairement à ma dernière visite à l’urgence, celle-ci n’est pas pour cause de douleur extrême et la crainte d’une crise de calculs rénaux ou autres trucs du genre. Elle est plutôt du genre préventif. En effet, le problème se situe au niveau des selles qui sont noires. Tant les documents d’information sur le Nexavar que l’infirmière rejointe en appelant la ligne Info-Santé m’indiquent qu’il faut communiquer avec son médecin ou se rendre à l’hôpital sans tarder: il y a risque d’hémorragie interne. Or, comme le charmant syndrome mains-pieds fait que, depuis jeudi, j’arrive à peine à me déplacer - soit en utilisant la marchette, soit en me déplaçant à quatre pattes - impossible d’y aller par mes propres moyens ou même d’envisager marcher jusqu’à la rue pour prendre un taxi. Je n’ai donc pas d’autre alternative que l’ambulance.

Les ambulanciers arrivent rapidement et sont d’une courtoisie et d’une efficacité remarquable. J’arrive à l’urgence assez tôt en soirée et je suis chanceux: il y a un match de hockey du Canadien ce soir, alors la salle d’urgence est à peu près vide. Comme je ne peux marcher, je me retrouve sur une civière. Au triage, je décris ma situation, incluant le fait que je ne peux marcher. Encore là, le personnel infirmier est chaleureux, efficace. Puis ma civière est amenée dans un corridor et l’attente commence.

Après environ une heure parqué dans le corridor, le médecin arrive, rabaisse le côté de la civière et me demande de le suivre.

«Je ne peux pas marcher, docteur…»

«Comment ça?»

«Comme je l’ai indiqué à l’infirmière de triage, je souffre du syndrome mains-pieds découlant de mon traitement au Nexavar, et depuis deux jours, je ne peux pas marcher, c’est trop douloureux de simplement poser les pieds par terre.»

«Comment vous déplacez-vous chez vous?»

«Avec beaucoup de difficulté avec une marchette, ou encore à quatre pattes…»

«Et vous êtes ici pourquoi?»

«Mes selles sont noires, alors on m’a dit de venir à l’hôpital sans tarder.»

Il tire donc la civière dans une salle attenante. Dès que l’on y est, il me dit de retirer mon pantalon et me tourner sur le côté pour m’examiner. En clair (et désolé pour âmes sensibles), ça veut dire me foutre un doigt dans le cul pour vérifier s’il y a des signes de saignement. Disons que c’est fait rapidement…

«Retournez-vous sur le dos…»

J’essaie tant bien que mal de…

1) Remonter mes sous-vêtements et mon pantalon
2) De me tourner sur le dos - pas évident quand on n’arrive même pas à poser le talon sur la civière sans avoir l’impression que l’on vous plante des couteaux dans les pieds
3) Relaxer - parce que le docteur n’arrête pas de répéter «Détendez-vous!» en essayant de me tater l’estomac.

«Bon, quelqu’un va venir vous ramener dans le corridor et on va vous faire une prise de sang.» Et hop. Il file.

Je me retrouve seul dans la salle, alors qu’une crampe musculaire au mollet gauche commence. Ça ne dure que quelques minutes, mais c’est infernal ce que ça peut faire mal. Plein de personnel infirmier passe devant la salle, je suis là à grimacer de douleur, mais bon… Comme je ne gueule pas, je ne suis pas saoûl et je ne fous pas le bordel, personne n’arrête. L’attention, à l’urgence, ça semble aller à ceux qui savent l’attirer…

Une infirmière arrive et effectue les prises de sang puis ramène ma civière dans le corridor; Espace 61, c’est indiqué au mur. Isabelle demande combien de temps il faudra attendre les résultats.

«Au moins une heure, une heure et demi.»

Bon, j’en ai ras-le-bol. Je n’ai mal nulle part - si on ne compte pas les pieds, et ça j’en connais la cause. Je suis en beau tabarnac! Le docteur - ou devrais-je dire le travailleur à la chaîne - n’avait même pas été foutu de lire l’information donnée au triage, ne savait pas - ou faisait comme s’il ne savait pas - que je ne pouvais pas marcher. J’avais pris la peine d’apporter la feuille documentant les effets secondaires du Nexavar de même que la monographie détaillée pour les spécialistes de la santé, justement pour faciliter l’identification des problèmes potentiels découlant de mon traitement. Ça n’a servi strictement à rien. En fait, les bouchers de la Maison du Rôti, sur Mont-Royal, traitent les viandes de leur étalage avec plus de ménagement…

Alors, comme je l’ai dit, ras-le-bol. Je demande à Isabelle d’aller me chercher un fauteuil roulant pendant que je finis de me rhabiller. Dès qu’elle revient avec le fauteuil, je m’y installe et file au poste de garde.

«Je veux ravoir mes cartes (carte d’assurance-maladie et carte de l’hôpital). Je m’en vais.»

Le préposé me demande pourquoi.

«Je n’ai pas l’intention de passer une heure et demi parqué dans un corridor juste pour attendre les résultats des tests sanguins. Si les résultats indiquent que je risque de crever, vous avez mon numéro de téléphone.»

Un médecin s’approche, avec des airs de quelqu’un en charge…

Si je résume ses propos, on ne communique pas les résultats par téléphone. Si je pars et que je reviens le lendemain (donc aujourd’hui), je me retrouverai classé automatiquement P5. Ça, ça veut dire priorité 5. C’est celle qui est au bas de la liste, du genre après qu’on a traité tout le monde, qu’on a pris sa pause café, qu’on a fini de lire le journal et complété la grille des mots-croisés, on regarde qui est sur la P5 et, si on est pris d’un accès de bonnes dispositions, on voit le patient. J’exagère, mais pas de beaucoup…

«Parfait docteur, c’est noté. Maintenant, redonnez-moi mes cartes, je pars.»

En conclusion

Ne vous méprenez pas: j’ai immensément de respect pour les urgentologues et le personnel des urgences. Ils travaillent des heures débiles, faute de personnel, et - dans le cas de l’hôpital St-Luc - ils ont à composer avec une clientèle particulièrement difficile. Comme l’hôpital est au coeur du centre-ville, c’est là qu’aboutit un nombre impressionnant de sans-abris, prostituées, cas psychiatriques jugés trop légers pour notre merveilleux système de santé et pourtant problématiques. Alors, blessures découlant de bagarres, overdoses de drogues ou d’alcool, patients aux prises avec des hallucinations et hurlant comme des débiles, j’ai vu un mélange de tout ça lors de ma précédente visite à l’urgence, qui s’était terminée aux petites heures du matin. Je n’avais pas hier l’intention de revivre cette expérience.

Ceci étant dit, j’étais arrivé préparé, avec tout ce qui était nécessaire pour mettre le personnel traitant au courant de ma situation médicale, et RIEN ne me laisse penser que le médecin en ait pris connaissance. À partir du moment où tu es parqué sur une civière dans un corridor, tu deviens un morceau de viande qui n’a qu’a fermer sa gueule et attendre que le système fasse sa job, à son rythme.

Alors je suis rentré à la maison avec ma blonde. J’ai dormi dans mon lit plutôt que d’assister à l’arrivée de la foule, d’abord après le match de hockey, puis après l’heure de fermeture des bars.

Oui, je compatis avec le personnel débordé. Mais vous savez quoi? Je compatis drôlement plus avec les morceaux de viande que nous sommes - catalogués P1 à P5 - parqués dans des corridors, attendant la disponibilité d’examens et de traitements, à défaut d’une once de compassion et d’empathie…


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Une réponse à “Ballade du samedi soir…”

21 01 2008
mich de france (11:58:04) :

Les urgences, c’est souvent du pareil au même des deux côtés de l’Atlantique: personnel en sous-effectif, “viande” numérotée, attente infinie + angoisse (et parfois douleur)…
Il reste… à connaître le diagnostic pour résoudre ton problème.
T’a-t-on, finalement, communiqué les résultats de l’analyse de sang ?

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