Cyberpresse

À l’ère de l’information instantanée et du copier-coller, plusieurs médias «traditionnels» ont pris le virage technologique, mettant en ligne une version électronique. Si, lorsque ce virage s’est amorcé, on a souvent vu lesdits journaux/magazines reproduire – en tout ou en partie – le contenu de la version papier, ils ont vite constaté que ce n’était pas ce que recherchaient les lecteurs. Ces médias sont donc passés à l’étape suivante: l’association de contenu de la version papier et de contenu spécifiquement créé pour le Web.

Le hic – en apparence, du moins – c’est que l’on semble rarement mettre en place le personnel nécessaire pour que le travail soit bien fait. En consultant le site Cyberpresse ce matin, quelques détails ont attiré mon attention.

Dans un premier temps, le titre d’une nouvelle m’a fait tiquer:

(08h03) Un grave accident fait deux blessés graves à Montréal – Est-ce que la répétition de grave ajoute à la gravité de la situation?

Admirez aussi l’utilisation de la ponctuation:

L’accident est survenu dans un secteur résidentiel sur la rue Christophe-Colomb près de l’intersection de la rue Bellechasse.

Le véhicule fautif, qui filait à toute allure, aurait brûlé plusieurs feux rouges avant de percuter violemment une autre voiture.

À la suite de la collision, les véhicules impliqués ont été projetés sur plusieurs mètres déplaçant même une voiture qui était stationnée en bordure de la rue.

Deux automobilistes, dont le fautif, ont été transporté dans un centre hospitalier où son état est jugé critique mais stable.

Cyberpresse a beau indiquer que la nouvelle provient de La Presse Canadienne, il me semble qu’une petite relecture avant publication ne serait pas de trop.

Qui est qui?

Si les répétitions et la ponctuation font parfois défaut, le lecteur peut généralement arriver à comprendre le texte, quitte – dans les pires cas – à le relire à quelques reprises.

Mais qu’en est-il lorsque l’information publiée est carrément erronée?

Premièrement, un exemple en date d’aujourd’hui, sous la rubrique Moncinema.ca: Les bébés de Dennis Quaid sont dans un état grave. La nouvelle provient de l’agence France-Presse, Los Angeles.

Dans le dernier paragraphe du texte, on peut lire ce qui suit:

Quaid, 53 ans, qui a été marié pendant dix ans à la comédienne Meg Ryan, avait interprété Jerry Lewis en 1989 dans Great Balls of Fire, avant d’apparaître dans Les dents de la mer 3 et L’étoffe des héros, ou plus récemment Le jour d’après.

C’est gentil, mais ni l’agence France-Presse ni Cyberpresse n’a fait ses devoirs: en 1989, Dennis Quaid a interprété Jerry Lee Lewis, et non Jerry Lewis, dans le film Great Balls of Fire. Entre le comique et la légende du rock, il me semble qu’il y a une marge!

Ce n’est pas la première fois que ce genre d’erreur se glisse dans un texte, faute de vérifier le contenu. Si je passe généralement outre, me disant «À quoi ça sert de réagir, ils s’en fichent probablement…», il arrive aussi que je réagisse et tente de communiquer avec Cyberpresse, question de savoir si – au contraire – quelqu’un va réagir.

Par exemple, en juin dernier, initialement sous la rubrique Insolite & Potins puis sous la rubrique moncinema.ca – où l’on a sans doute estimé que le texte était plus pertinent – on pouvait lire un texte provenant de l’Associated Press intitulé Brad Pitt est officiellement le père adoptif de Pax Thien. Dans le dernier paragraphe dudit texte, on peut lire ce qui suit:

Angelina Jolie, qui aura 32 ans lundi, et Brad Pitt, 43 ans, ont quatre enfants: Maddox (5 ans), adopté au Cambodge, Zahara (2 ans), adoptée en Éthiopie, Pax et sa soeur Shiloh (1 an), adoptés au Vietnam.

Là, j’avoue que c’est fort! À peu près tous les médias de la planète nous ont abreuvé du séjour de Brad et Angelina en Namibie, là où Angelina a accouché de Shiloh le 27 mai 2006. J’ai donc fait parvenir ce qui suit, en date du 1er juin 2007, à madame Suzanne Colpron, chef de l’information à la rédaction de Cyberpresse:

Bonjour,

Tout en comprenant qu’il est monnaie courante de reprendre des textes d’agences de presse, je crois qu’il demeure pertinent que lesdits textes soient au moins lus quant aux faits qu’ils présentent avant d’être mis en ligne.

Or, à mon étonnement, voici ce que l’on peut lire en date d’aujourd’hui, 1er juin, sous la rubrique Insolite, dans un texte intitulé «Brad Pitt est officiellement le père de Pax Thien» :

Angelina Jolie, qui aura 32 ans lundi, et Brad Pitt, 43 ans, ont quatre enfants: Maddox (5 ans), adopté au Cambodge, Zahara (2 ans), adoptée en Éthiopie, Pax et sa soeur Shiloh (1 an), adoptés au Vietnam.

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de gens, dans le monde occidental, qui ignorent le fait que Shiloh soit la fille biologique du couple Angelina Jolie-Brad Pitt.

Peut-être serait-il pertinent d’adopter une politique du Copier/Coller/Vérifier/Publier plutôt que de simplement copier/coller/publier.

Je n’ai jamais reçu de réponse…

Je ne prétend aucunement ne jamais faire d’erreurs; il m’arrive, plus souvent qu’à mon tour, d’utiliser des anglicismes ou des tournures de phrases mal foutues. Côté ponctuation, j’essaie d’en faire un bon usage; après tout, c’est justement la ponctuation qui contribue à donner un ton, un rythme à un texte. Enfin, lorsque j’écris un billet ayant pour but d’informer, je m’efforce de trouver aux moins deux références distinctes, question de m’assurer que je ne dis pas de conneries. Ça, c’est pour un blogue personnel. Je crois être en droit d’en attendre autant d’un site – et d’une entreprise – dont la vocation première est d’informer.

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    3 réflexions au sujet de « Cyberpresse »

    1. Toutes les « coquilles » que tu relèves (bravo pour ta saine colère) ne sont pas le fait unique des medias québécois. Elles sévissent aussi de ce côté de l’Atlantique.
      Manque de professionnalisme, âge des journalistes qui croient tout savoir sans avoir besoin de vérifier, j’m'en foutisme vis-vis des codes linguistiques, conséquences de l’écriture/lecture sur écran…
      Eh oui, tout ça se généralise ! Et tu n’es pas le seul à le déplorer…

    2. Entre faussetés, erreurs grossières et coquilles, j’avoue que l’on est gâté! Par exemple, ce matin (23 nov.), en lisant Le Monde en ligne, il y a un titre qui m’a accroché: Les professionnels de la télé inquiets d’une dérégulation.

      À la lecture de l’article en question, on constate qu’il est question de changements à la réglementation, pas à la régulation. Il serait donc question d’une déréglementation et non d’une dérégulation. D’ailleurs, le dernier paragraphe du texte en question passe allègrement d’une forme à l’autre:

      Les craintes d’une éventuelle dérégulation du secteur audiovisuel ont été alimentées par la divulgation de deux notes confidentielles émanant d’analystes financiers de la Société générale le 2 novembre et de la banque américaine Goldman & Sachs le 19 novembre. Celle-ci signale entre autres que « des changements réglementaires importants dans les mois qui viennent » constituent « un facteur positif pour TF1 et M6. Ce changement de dérégulation pourrait avoir un impact positif de 2,7 euros sur le cours boursier de TF1« .

      Un autre détail noté par hasard, lorsque j’ai regardé ledit article en mode «non abonné», une publicité, juste sous le titre, qui nous est présentée par la formule «Sponsorisé par». Est-ce que c’est vraiment mieux que d’indiquer «Commandité par»? Est-ce que ça fait plus cultivé, plus français?

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