Quand on se prend à rêver… d’un salon du livre!

Dimanche, journée passée avec ma fille Léa. Comme elle aime la lecture, je propose de nous faire plaisir: une visite au Salon du livre de Montréal. On se rend donc à Place Bonaventure pour visiter cet événement, «le plus grand en Amérique du Nord», qui en est à son 30ième anniversaire.

Ça faisait bien deux ans que je n’avais pas mis les pieds à cet événement annuel et force est d’admettre qu’il me faudra quelques années avant que je n’y retourne. Je ne sais pas si c’est l’âge, si c’est une question d’esprit critique qui - justement - devient plus critique, mais j’ai été très déçu par l’événement. Pourquoi? Trop à l’étroit, trop mercantile, pas assez plaisir. Voilà pourquoi.

On nous présente le livre par maison d’édition. Soit. Chacune y va de son kiosque, aménagé plus ou moins intelligemment. Alors, dans un premier temps, il faut savoir qui publie quoi pour s’y retrouver. Si, par exemple, vous êtes en quête de découvertes, que ce soit des BDs, des polars, des biographies, des romans d’aventure, n’importe quoi en fait, eh bien vous êtes condamné à vous taper chaque kiosque de chaque maison d’édition, et la cohue, pour tenter votre chance.

Ensuite - et oui, c’est une bonne chose! - il y a foule. Ça veut dire qu’il y a un intérêt pour le livre. Là où c’est moins drôle, c’est que dans notre merveilleuse société du chacun pour soi, ne vous prenez surtout pas d’intérêt pour quoi que ce soit car il y a de bonne chances pour que quelqu’un vous flanque un coup de coude, vous pile sur les pieds ou se plante carrément devant vous sans même vous remarquer pour regarder un bouquin remarqué sur l’un des présentoirs. Quand on ajoute à cela le fait que beaucoup des kiosques ont bien peu d’espace pour circuler, à par voir les couvertures de bouquins qui sont à hauteur des yeux, oubliez ça!

Enfin, autant il est agréable d’avoir l’occasion d’obtenir des dédicaces d’auteurs que l’on a rarement l’occasion de voir, autant c’est casse-pied quand la file de lecteurs attendant la précieuse signature bloque une allée déjà trop étroite.

Réinventer un salon

Et si on mettait un peu de côté le mercantilisme chronique et que l’on repensait le salon, hmm? Si on le tenait, par exemple, au Palais des Congrès, là où il y a plus d’espace?

Si on arrêtait d’en faire une «plogue» par maison d’édition et que l’on nous présentait le tout par style littéraire? Imaginez les allées… Avenue du Polar, Boulevard du crime, Cul-de-sac des biographies d’hommes politiques canadiens, Montée de la BD, bref, vous voyez le genre.

Il pourrait y avoir une aire spécialement réservée aux sessions de signatures, un endroit où les auteurs ne seraient pas autant source d’embouteillages et plus une source de plaisir littéraire.

Et pourquoi pas des moments privilégiés tiens? Comme des plages horaires pensées en fonction de public cible? Genre un quatre heures «Parents et poussettes»? Pensez-vous que dans la cohue du salon dans sa forme actuelle, un parent et son bambin dans sa poussette apprécient la visite? Le bambin admire le postérieur de la masse, le parent se démène pour se frayer un chemin, et le reste de l’univers peste contre les coups de poussettes dans les talons, contre les roulettes sur les orteils, et contre les bouchons de circulation.

La tenue - la survie à long terme - du Salon du Livre de Montréal est quelque chose d’admirable en soi. Mais après 30 ans, il serait bien que quelqu’un, quelque part, pense à tenir l’événement d’abord et avant tout pour le lecteur, pour le rêve, pour l’imaginaire. Parce qu’hier, j’ai surtout eu l’impression que c’était avant tout le Salon du commerce littéraire qui primait, et ça, c’est dommage.

 

5 Commentaires

  1. Tiens c’est étrange, il semble que le salon du livre de Genève souffre du même mal: allées étroites et classement par éditeurs. Le côté commercial est bien mis en avant aussi, puisqu’on est toujours assailli, à chaque détour de stand, par un vendeur d’abonnements (le salon du livre fait aussi salon de la presse).

  2. Je me serais attendu à ce que tu parles de l’essentiel Benoit…
    En d’autres mots: “As-tu vu Jeannette Bertrand?” ;-)

  3. Hehehe… Non, mais j’ai vu Dominique Michel, est-ce que ça compte quand même? ;-)

  4. Eh bien, Benoit, je pense exactement la même chose que toi du Salon du Livre. Voila pourquoi je n’y suis pas allé depuis deux ans.

    Heureusement, j’ai la chance et le privilège de pouvoir rencontrer des auteurs (Bernard Werber, Eric Emmanuel Schmitt, Marc Levy, Y. Beauchemmin, G.H. Germain…) en dehors du salon et beaucoup plus longuement que pour une dédicace. Je me compte chanceux mais je trouve quand même dommage que tout le monde ne puisse pas échanger avec ces gens qui sont, généralement, très sympathiques.
    Et pour acheter un livre, je préfère aller chez Renaud Bray, Archambault ou sur le site de la FNAC, plutôt que de payer 6 dollars d’entrée pour aller dans une librairie géante !
    (et où il y a même pas de réductions !)

  5. Je te nomme officiellement grand organisateur du prochain salon du livre de Paris :P Non parce que bien sûr, on y rencontre les mêmes difficultés!!!
    Et puis tes idées là sont tellement logiques, fraîches et pas mal pensées!

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