Une médaille a toujours…

29 07 2007

Deux faces. Sur Cyberpresse, Nicolas Ritoux - un nom dont les habitués de ce blogue se souviendront, l’individu en question ayant déjà fait l’objet de billets concernant une de ses critiques de jeu vidéo - nous parle de la publicité faite par les compagnies pharmaceutiques. En date du 29 juillet 2007, il signe en fait deux textes: La pub ou votre médecin, qui croire? et Des médecins sous pression.

J’avoue avoir une opinion mitigée quant aux deux articles. D’une part, il est clair que les médecins - et les pharmaciens, ne les oublions pas - sont (théoriquement) les mieux placés pour déterminer quel médicament devrait être prescrit à un patient pour une situation donnée. D’autre part, il est tout aussi clair que les compagnies pharmaceutiques veulent informer les patients quant aux différentes maladies et, du même coup, aux médicaments qu’ils offrent en traitement à ladite maladie. Jusque là, ça va.

Là où je décroche, c’est devant le concert des vierges offensées et des protecteurs du savoir.

Dans son texte La pub ou votre médecin, qui croire?, Nicolas Ritoux cite Sophie Gosselin, urgentologue au Centre de santé universitaire McGill, qui dit entendre régulièrement des patients lui parler des publicités télévisées pour des médicaments.

«Ils me disent qu’ils ont vu une annonce décrivant une condition qui ressemble à la leur, ou qu’ils ont lu sur internet que telle pilule pouvait les guérir. Si tu travailles trop, c’est normal que tu sois fatigué; si tu t’alimentes mal, c’est normal que tu fasses du cholestérol; si tu vis un deuil, c’est normal que tu vives une mauvaise passe.»

Et l’article se poursuit:

Face au pouvoir de la pub, le professionnel est parfois désarmé. «Quand le patient se présente chez le médecin, c’est difficile de donner des explications. Il faut avoir des arguments, leur montrer l’autre point de vue, l’autre côté de la médaille. Et quand je suis aux urgences, je n’ai pas le temps d’expliquer tout ça», poursuit Mme Gosselin.

Effectivement, j’imagine qu’il est très chiant d’avoir un patient qui a le malheur d’avoir des questions pour le médecin, surtout si l’on considère que le médecin a des conditions de travail (particulièrement en urgence) où il n’a pas le temps pour les questions. Alors s’il faut qu’en plus une pub des compagnies pharmaceutiques soulève des points d’interrogation dans la tête d’un patient, vous imaginez le merdier!!

On voit un peu plus la perception du côté médical dans les commentaires suivants dans le même article. Ainsi, Christine Meyers, urgentologue à l’hôpital Royal-Victoria, souligne que

«Le message principal de ces annonces, c’est : venez plus souvent voir votre médecin, même si vous n’avez que des symptômes légers. Dans le cas de l’Alzheimer, la science est encore relativement impuissante et il est difficile de diagnostiquer ses symptômes précoces sans les confondre avec une perte normale de mémoire.»

À une époque où, d’un côté, on nous matraque avec l’importance de la prévention et du dépistage de la maladie, j’avoue que les propos de Mme Meyer me laissent perplexe. Oh, mais attendez! J’oubliais! On a une pénurie de médecins, se trouver un médecin de famille est pour beaucoup très difficile, voire impossible. Alors si en plus les compagnies pharmaceutiques soulèvent des doutes dans l’esprit de la population et incitent les gens à voir un médecin, on n’est pas sorti du bois!

Évidemment, il y a d’autres médecins qui s’expriment. Par exemple, le Dr Georges Lévesque, urgentologue à l’Institut de cardiologie indique qu’il voit régulièrement des patients arriver

«avec une pile de documentation tirée de l’internet. Pour moi, lire des rapports scientifiques sur les médicaments est déjà très ardu, même après avoir suivi une formation juste pour ça. On peut se fourvoyer très facilement en les lisant. Alors le grand public, on n’en parle même pas!»

Effectivement, les rapports scientifiques, même sommaires, sont complexes. Est-ce pour autant une raison pour garder le ‘grand public’ dans l’ignorance? J’ose espérer que non! Laissez-moi vous relater un cas vécu, un patient atteint d’un cancer du rein métastasé, qui venait tout juste d’être diagnostiqué. Le médecin qu’il a vu ne connaissait ni le Nexavar, ni le Sutent. Il lui a ni plus ni moins dit qu’il était condamné. Point final. Certes, je ne suis pas médecin et je n’ai pas vu les résultats de ses tests, mais je lui ai très fortement suggéré de consulter au moins deux spécialistes, de fouiller sur Internet pour en apprendre un peu plus sur ces médicaments, et d’arriver chez le médecin bien préparé, avec des questions nettes, et d’exiger des réponses. Le médecin est spécialisé, certes, mais il est un être humain. Il n’a pas la science infuse, pas plus que le monopole du savoir.

Le texte de M. Ritoux se poursuit avec la question

Finalement, vaudrait-il mieux laisser la médecine aux médecins ?

Mme Meyers répond

«Les patients ne devraient même pas avoir accès à ce genre d’information publicitaire.»

Là, je me questionne, parce que la réponse traite uniquement de la publicité et non de l’information en général. C’est comme si la question posée avait été autre que celle publiée. Bref, il est évident que l’information publicitaire demeure à l’avantage de l’annonceur, peu importe comment on regarde la situation. Toutefois, il faut aussi constater un fait déplorable: le Québec a des allures de pays arriéré en ce qui concerne l’information médicale disponible en ligne. À titre d’exemple, moi qui suis un patient atteint d’un cancer du rein métastasé, sous traitement au Nexavar, je fouille régulièrement pour des informations concernant ce médicament, de même que tout médicament pouvant être utilisé pour traiter ma maladie. Saviez-vous que les autres provinces ont des agences voyant spécifiquement à tous les services rattachés au traitement du cancer? Saviez-vous que l’Ontario, à titre d’exemple, met notamment en ligne les Fiches d’information sur les médicaments. Est-ce quelque chose qui existe au Québec? Devinez…

Alors, quand je lis ce que dit M. Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins, toujours dans le même article:

«L’idéal pour les compagnies pharmaceutiques, ce serait de pouvoir faire de la sollicitation directe auprès des patients, comme aux États-Unis. C’est une forme indirecte d’ingérence dans le travail du médecin. Nous ne voulons pas que le patient fasse son propre diagnostic.»

Eh bien, lire ça me hérisse. Ça me hérisse parce que ça me dit que ça dérange si j’ai des questions, ça dérange si je me renseigne ailleurs qu’auprès d’un médecin, ça dérange si je mets en doute un diagnostic ou si je soulève une hypothèse différente de ce que dit un médecin.

Il est évident que les compagnies pharmaceutiques veulent faire connaître leurs produits et que ce n’est pas à elles de dicter aux médecins quel produit prendre. Mais peut-on finalement arrêter d’agir en société infantile refusant systématiquement de responsabiliser le citoyen en le protégeant de tout sous prétexte qu’il est trop con pour comprendre?

Maintenant, j’attends d’autres textes de Nicolas Ritoux. Des textes où les patients s’expriment, des textes où il nous relate les bavures médicales et comment les gens qui en sont victimes doivent se battre contre l’hermétisme d’un système qui répugne à admettre les erreurs, des textes où il explique comment le Conseil du médicament peut refuser un médicament qui peut sauver des vies, uniquement parce qu’il coûte 10 $ de plus par jour qu’un autre.

Pourquoi ais-je l’impression que je risque d’attendre longtemps?


Actions

Informations

4 réponses à “Une médaille a toujours…”

30 07 2007
Mahie (05:15:57) :

Pour les toubibs français c’est pareil gynéco ou généraliste. A chaque que je dis à l’un ou l’autre “j’ai sur internet que…” Ils lèvent les bras au ciel : “Il ne faut surtout pas lire les infos qu’il y a sur Internet! C’est tout et n’importe quoi!” Pourtant moi, il me semble que je suis une personne suffisamment censée pour faire le tri… Et puis ensuite, toutes les infos que j’ai trouvées (et énormément triées c’est vrai) ce sont révélées très intéressantes pour moi. Et j’aurais changé plus vite de gynéco si je l’avais moins écouté lui et plus fait confiance à mes lectures… Enfin, bref. Les toubibs se sentent menacés par les gens informés ou instruits, ils préfèrent soigner des ignorants, ça doit être moins prise de tête.

30 07 2007
Mahie (05:17:04) :

Je voulais dire “j’ai LU sur… J’écris trop vite :-(

30 07 2007
Lorraine (07:33:20) :

Une autre histoire d’horreur…qui confirme…je dois prendre des coagulants en attendant mon hystérectomie (2 fois reportée et toujours en attente). Si ce n’était de mes recherche sur le médicament prescrit, je serais probablement à l’hôpital pour trombose ou phlébite…je ne dois que prendre ce médicament que 4-5 jours en ligne…pas plus!! Mais ça mon médecin ne me l’a pas dit ni au pharmacien qui n’a su me répondre….Vive internet!!! et j’ai confirmé effectivement avec un 2e gynécologue!

30 07 2007
Jean (14:24:25) :

Va falloir que les professionnels de la santé s’y fasse : la boîte de Pandore est ouverte. Plus que jamais les connaissances sont disponibles à un large public dont la majorité ne dispose probablement pas des outils adéquats pour lui permettre de bien comprendre. Du côté des « savants » on ne peut quand même pas prétexter « ne pas avoir le temps » de faire de la vulgarisation pour favoriser l’obscurité. Entendons-nous, on peut comprendre l’irritation des personnes interpellées. Ne sommes-nous pas chacun dans nos domaines confrontés de temps autres à des conceptions erronées et mauvaises interprétations qu’il nous semble fastidieux de redresser? (Éducation, finances, routes, ponts, forêts, environnement, alouette…) Malgré cela, l’intérêt public me semble nettement mieux servi dans ce monde imparfait mais plus transparent que dans celui, disons, de la médecine d’avant Gutenberg…

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises html : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




te-loader.php'); endif; ?>