Manu Chao et les sauvages

Je l’avais attendu longtemps celui-là: le concert de Manu Chao au parc Jean-Drapeau de l’Île Ste-Hélène! Et c’était hier.

Manu ChaoManu Chao et Radio Bemba Sound System

Le spectacle était prévu pour 17h, les portes ouvrant à 15h. Comme je m’attendais à ce qu’il y ait foule, on s’est pointé - Isa et moi - à 14h. Heureuse initiative puisque les portes ont ouvert à 14h!

En étant parmi les premiers, on s’est retrouvé à moins de 10 mètres de la scène, entourés d’une foule qui allait sans cesse grandir au fur et à mesure que filait l’après-midi. J’avoue que l’atmosphère - pendant environ deux heures - était sympathique. Les gens étaient pour la plupart en groupes - amis ou famille. J’ai profité du temps d’attente pour me rendre au kiosque où se vendaient les t-shirts. Rien de Manu Chao, mais quelques surprises: t-shirts du Festival de jazz, cuvée 2007, et t-shirts de deux autres groupes. En parlant avec le préposé, j’apprends - surprise, parce que ce n’était pas indiqué sur les billets - que les deux groupes en question - Saint Alvia Cartel et Planet Smashers - feront la première partie du spectacle. Résultat: Manu Chao ne devrait être sur scène qu’à 20h30! Bon, je me dis que ça ne sera peut-être pas si mal…

L’après-midi passe, la foule devient de plus en plus pressante. Plein de gens arrive après 16 heures et se faufilent en avant de nous, ne se gênant pas pour bousculer au besoin, question de se faire une place dans les premiers rangs. Patience…

17 heures arrive. Rien. 17h30 rien. 17h45, le premier groupe arrive enfin sur scène: Saint Alvia Cartel, un groupe de Burlington, en Ontario. Un rock heavy, rien - mais là, rien du tout! - à voir avec la musique de Manu Chao. Pas un ïota d’affinité. Peut-être qu’à un autre moment, dans un autre état d’esprit, j’aurais apprécié, mais là, ça fait suer!

Un petit set, vite bâclé, un «Happy Birthday Canada!» accueilli par des huées, et bye-bye Saint Alvia! Changement rapide d’instruments sur scène et c’est l’arrivée de Planet Smashers, un groupe d’origine montréalaise. Déjà, on sent qu’il y a des fans dans la foule. Ils sont pas mals. Trombone et sax remplacent la guitare; ajoutez y basse et batterie, plus le chanteur. Le hic, c’est qu’ils donnent l’impression d’avoir écrit une chanson et d’en découler une dizaine de variantes à la queue-leu-leu. Sur le parterre, entre ceux qui boivent comme des trous depuis quelques heures et ceux qui se tapent joints après joints, on a droit à des poussées aveugles vers l’avant. Alors que l’on était plus ou moins à l’aise en termes d’espace, on se retrouve de plus en plus en mode sardine en boîte. Même impression que pour le groupe précédent: c’est qui les cons chez GEG (Gillett Entertainment Group) et au FIJM (Festival international de jazz de Montréal) qui a programmé des groupes ayant autant d’affinité à Manu Chao qu’en aurait Georges W. Bush?

Enfin, 20h30 arrive. Ça fait 6h30 que l’on est là, à se taper les fréquentes averses, à se faire bousculer de plus en plus par des gens de plus en plus saouls, de plus en plus gelés. Tout ça s’oublie en un instant quand Manu Chao et les membres de Radio Bemba Sound Machine arrivent sur scène, survoltés! Yes! Enfin!

Malheureusement, l’euphorie - pour moi et Isa - ne durera qu’une vingtaine de secondes. C’est en effet le temps qu’il faut avant que les sauvages ne se mettent en branle. Bousculades, je me prends des coups de coude, me fait presque jeter par terre à quelques reprises par des types trop saouls ou gelés pour s’en apercevoir. Un type devant moi voit bien que je suis en train de m’en prendre plein la gueule et Isa aussi, et repousse un groupe qui ne voit rien. Il faut qu’il brandisse le poing avant que le crétin pousseur ne remarque qu’il est en train de nous écraser, sans compter le type en béquilles à côté de moi. C’est le pire du mosh pit et du bodysurfing!

J’ai à peine le temps de saisir quelques photos, vraiment de peine et de misère. Oubliez toute notion de plaisir découlant de la magie que je vois sur scène. Oubliez toute notion de journée cool avec un concert d’un type qui vous parle de paix et d’environnement. Lui chante cool, certes, avec des musiciens de très grand calibre, certes, mais devant, c’est une bande de sauvages, tout simplement! À la deuxième chanson, on se fraye un chemin hors de là, fonçant en ligne droite vers le côté de la scène, jusqu’à ce que l’on soit sorti de ce merdier. Je suis sonné. Mes pieds, qui ne sont vraiment pas en état d’être enfermés dans des chaussures à cause des foutus effets secondaires, me font souffrir le martyre. On titube vers l’arrière du parc. Dernière visite au kiosque de t-shirts: le préposé admet enfin qu’il n’y en aura pas de Manu. Dommage.

On écoute - de très très loin vers l’arrière, là où il est possible de respirer sans se prendre un pied dans la gueule - une ou deux autres pièces. Quelle occasion ratée. On part, sans demander notre reste. Retour à la maison. J’ai super mal au dos, résultat de coups de coudes reçus dans la cohue à l’avant-scène. J’ai mal aux pieds. Je suis immensément déçu. Déçu d’avoir raté un spectacle que je rêvais de voir, à cause d’une bande de sauvages.

Plus jamais je ne mettrai les pieds au parc Jean-Drapeau. Fini. L’ère des spectacles en plein-air, sans sièges réservés, où les gens se comportent de façon civilisée et où l’ambiance est plus celle d’une fête de famille que celle d’un mosh pit, semble malheureusement révolue. Montréal n’a plus rien à envier, à mes yeux, aux bousculades que l’on retrouve aux États-Unis ou en Europe.

Oui, j’ai adoré ce que j’ai pu voir et entendre sur scène de Manu Chao. J’espère encore pouvoir revoir le spectacle, dans une salle comme celle de la Place des Arts ou encore l’amphitéâtre de Lanaudière, là où il y a une section avec sièges et billets réservés à l’avant, et toute une section parterre à l’arrière. Là où on peut profiter d’un spectacle musical sans risquer de se faire casser la gueule par une bande de dégénérés qui se fichent éperdument que le mec sur scène chante la paix, en autant qu’eux puissent se défoncer…

Édité: Tiens, j’ajoute un clip de Manu à Cuba…

 

16 Commentaires

  1. mich de france

    Les sauvages existent partout hélas! : au concert, sur les stades… partout où il y a des fêtes que l’on pourrait savourer sereinement et agréablement sans ces “givrés”, comme tu dis. Exemple le gars qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, a foncé en voiture dans la foule sortant d’un bal populaire.
    Heureusement, vous vous en êtes tirés sans trop de dommages — mais non sans souffrances! On espère qu’aujourd’hui vous avez pu récupérer…

  2. oh ben mince, c’est frustrant quand même! Ce genre d’expérience me donne toujours envie d’aller vivre sur une île déserte avec (quand même ;-) les gens que j’aime autour! Juste loin de toute cette barbarie!

    Bon allez, au moins tu as pu l’apprécier un tout p’tit peu Manu Chao!

  3. pfffff quelle galère. Je sens d’ici ta rage et ta frustration. Les organisateurs sont légèrement “out” non? Ce n’est pas un épisode sympa ca pour fêter l’été. Moi qui pensais que la musique au Québec était l’une des joies de l’été. (et oui, j’ai souvent voyagé avec des musiciens qui viennent chez vous, et c’est toujours très sympa)
    bon, en attendant, biz à vous deux. Ici on a les cigales qui s’en donnent à coeur joie.

  4. Je pense sincèrement que tu n’a rien compris le grand !
    Si tu faisais seulement te reculer un tantinet, tu aurais pu être à l’aise et tout le monde respirait adéquatement !
    C’est sur qu’en avant complètement le monde danse.
    Je dis bien DANSE et non du moshing ou whatever le terme.
    Tu commence peut-etre à etre trop vieux pour ce genre de concert !

  5. Tu m’excuseras Marty, mais quand tu te prends un pied dans la gueule parce que quelqu’un est en train de faire du bodysurfing et que les gens le laissent tomber, ou encore que 4 gars saouls mort poussent les gens devant eux, les font tomber par terre et - dans un cas - tapent dessus, c’est pas danser. Si là où tu étais, ça dansait, tant mieux. Où j’étais, c’était pas ça. L’âge n’a rien à voir là-dedans. Le savoir-vivre, beaucoup. Par contre, avec l’âge, je sais aussi de quoi ça a l’air un épais gelé comme une balle ou un crétin trop saoul pour se tenir debout.

  6. Mmmm… vais-je prendre la peine - et le temps - de répondre à Marty?

    - soupir -

    Non. Son commentaire est suffisamment éloquent par lui même.

  7. pôv tache je me lâche Isa

  8. allez hop hop hop on renvoie le tit Marty dans la fosse avec des fou-furieux juste derrière voir un peu comment ça va “DANSER” là dedans !

    (et depuis quand on se fait traité de vioc parce qu’on n’apprécie pas de prendre des coups et de se faire écraser à un concert???!
    non mais oh!)

  9. Je suis arrivé vers les 16h30 pour ne pas attendre trop longtemps. Nous avons eu également la surprise de voir d’autres groupes que Manu Chao!!! En effet il avait beaucoup de monde, mais nous étions deux petites dames, nous avons remarqué assez vite que la foule nous rendrait la soirée difficile. Nous nous sommes trouvés un petit coin tout à nous avec beaucoup, beaucoup d’espace pour DANSER! Nous étions proches d’un écran et assez proche du stage…Une belle veillez que je n’oublierai pas de sitôt!

  10. Chapeau Gena! Et je sais que c’était un spectacle génial. Si je n’avais pas été aussi amoché après la bousculade à l’avant-scène, c’est sans doute ce que j’aurais fait aussi. Content de savoir que vous en avez profité!

  11. C’est très décevant et frustrant de passer des heures à attendre pour finalement se retrouver au milieu de…je vais m’abstenir.

    Depuis quelques années, je me place toujours plus éloigné de la scène, les gens y sont plus relaxes, plus sympathiques, plus respectueux, c’est que finalement je m’y sens à ma place ;)

    Fais-toi une belle journée.

  12. moi je vais voir des matchs de rugby et il n’y a jamais de problémes !!!!

    mon dernier concert : Deep Purple en 2003 et j’etais assis (1 mois aprés la nephrectomie !)
    et le prochain : Linda Lemay à l’Olympia en novembre !!

  13. Bixkor, tu vas rire: le prochain pour lequel j’ai des billets (il y en aura peut-être d’autres entretemps), c’est Jethro Tull, à la Place des Arts! :-)

  14. Ho là là … Pffft , quel dommage , vraiment ! Moi qui me disait , en te lisant : ” Génial , ce que Benoit va mieux , ils vont à un concert , c’est formidable !!!”
    Ben , c’était des cons , voilà , et tristes s’ils ne savent pas s’amuser sans devenir de la viande saoûle , et en oubliant les autres autour d’eux ! :-(
    Il y a des concerts , plus petits en nombre , où ce n’est pas le cas … ;-))
    Des bises à chacun de vous deux .

  15. Benoit !! entre Deep Puprle et Jethro Tull on va finir par croire que l’on est est resté figé dans les années 70 !!

    allez je retourne ecouter Janis !!!! salutations amicales !

    PS/ 15 mois de Nexavar ca vous use un bonhomme aussi solide soit il !!

  16. Tes mots me rappellent combien j’aime les plaines! De notre coté on est arrivés sur les plaines avec 20 minutes de retard et l’on s’est faufiler sans peine à l’avant à part dans les 10 premiers mètres où c’était définitement trop excités pour moi! Mais la foule était aérée, agréable à danser. En tout cas moi j’ai trippée! ;) Laisse faire le parc, viens nous rejoindre sur les plaines…

    En tout cas, ton vidéo est bien l’fun! :)

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