Ça avance, comme l’escargot…

Cinquième jour d’absence d’Isabelle, qui semble bien profiter de ses vacances. Elle a beau jouer à la touriste à Vegas, elle se repose - beaucoup - et ça, c’est très bien. J’avoue que je fais de même ici, et ça me fait tout autant de bien qu’à elle.

Ceci étant dit, elle me manque, un peu plus chaque jour. Je ne vous raconte pas le prochain compte de téléphone! Entre les SMS, les images envoyées par cellulaire et les longues conversations téléphoniques lorsque je l’appelle à sa chambre d’hôtel en soirée (pas con quand même! On ne va pas se taper une heure de conversation sur cellulaire! ;-) ), je partage tout de même ce voyage avec elle, en attendant de pouvoir faire mieux.

Côté santé, ça paye d’être très sage. Les plaies aux pieds en arrivent enfin à leur phase finale, c’est-à-dire que les immenses ampoules qui ont rendu la marche impossible depuis près de deux semaines sont en voie de devenir de la corne aux pieds. La douleur est donc presque totalement disparue, même si je dois encore marcher à peu près à la vitesse d’un escargot. :-)

Si je mentionne l’escargot, il y a quand même une autre raison, à part celle de vous donner une idée de ma vitesse de croisière. Ce matin, surprise, le facteur frappe à la porte. Généralement, c’est mauvais signe: il arrive que ce soit pour un rappel, par courrier recommandé, d’une contravention impayée; d’autre fois, c’est l’un ou l’autre des ministères du revenu, qui aimeraient bien que je leur envoie enfin mes déclarations de revenus en retard. Les gens qui veulent leur fric veulent être bien certains que vous savez qu’ils sont sérieux, alors ils vous envoient leurs avis par courrier recommandé, question d’avoir votre signature.

Mais ce matin, ce n’était rien du genre, bien au contraire. Une envelope, avec une adresse de retour qui ne m’était pas familière. À l’intérieur, un livre: La Trace de l’escargot. L’envoi provient de son auteur, Benoît Bouthillette. À l’intérieur, une dédicace - non, je ne la partage pas. :-) J’ai beau partager beaucoup de ma vie avec vous, il y a des mots et des gestes que j’aime bien garder pour moi! - et aussi une annotation, marquée par un signet, qui me pointe vers deux lignes d’un poème:

Car, tout comme le mot courage provient du mot coeur,
Le courage vient du coeur…

J’avoue que le geste me touche. Beaucoup. Isabelle a beau me dire à répétition qu’il y a plein de gens qui me lisent, que plusieurs sont impressionnés par ma détermination, mon moral, mon courage, c’est quelque chose que j’arrive très difficilement à croire. La seule différence entre moi et une bonne partie des milliers d’autres personnes qui souffrent de la même maladie que moi, c’est que je le fais pour ainsi dire à voix haute, sur la place publique. L’écriture, quasi-quotidienne, de ce blogue est ma façon à moi de ne pas éclater, ma psychothérapie bon marché. C’est aussi une écriture choisie face à l’absence d’écriture justement. Quand j’ai reçu mon diagnostic, j’ai parcouru le Net à la recherche d’information. Pas seulement les froides pages cliniques détaillant mon cancer, mais le côté humain de la maladie. Et je n’ai à peu près rien trouvé.

Ensuite, il y a eu les flashes dans les regards, qui passent - vite vite vite - quand les gens entendent le mot cancer. C’est là que je me suis rendu compte que le mur du silence que l’on construit autour de ce mot est la pire chose qui soit. Ce silence entretient la notion de finalité que le mot avait il y a dix, quinze, vingt ans. Alors je parle. Beaucoup.

J’en suis arrivé à un point où l’incrédulité fait place à la gratitude. Je ne sais pas si vous savez, vous tous qui me lisez, à quel point vous m’avez apporté - et m’apportez toujours! - chaleur et réconfort, à quel point vous alimentez ce courage. Que vous soyez de ceux qui lisent et commentent, ou encore de ceux qui lisent et en parlent à Isa, ou tout simplement de ceux qui lisent, pour savoir où j’en suis ou pour savoir où ils en sont rendus, merci.

Benoît, tu as écrit dans ton livre que le courage vient du coeur. J’ajouterai que le fait de découvrir autant de gens qui ont du coeur nourrit le courage…

 

6 Commentaires

  1. mich de france

    Justement, Benoît, si tant de gens apprécient ce que tu appelles ta “psychothérapie à bon marché”**, c’est parce qu’ils ont senti et compris que ton impressionnante détermination[oui, Isa, tu es dans le vrai!] te venait du plus profond du coeur — sachant que coeur = aussi, étymologiquement, courage.
    Sois certain que la manière dont tu philosophes sur ta maladie, sur la vie, force l’admiration de ceux qui te lisent. C’est que tes papiers quasi quotidiens constituent, à divers égards, un témoignage de grande valeur.
    **(je demande à voir ce que pourrait être le degré supérieur, s’il existait — mais, là, je suis bien tranquille: il n’existe PAS!)

  2. Ben moi, bien souvent ton courage me donne du courage aussi. Et puis ta psychothérapie elle est pas à deux balles, elle est intéressante pour moi d’abord parce que tu écris bien et ensuite parce qu’elle m’apprend beaucoup de choses sur le cancer. Le cancer, je n’aurais pas voulu savoir ce que c’est mais comme beaucoup de gens je suis bien obligée de le fréquenter. Et puis tu m’apprends aussi plein de choses tout simplement, en dehors de ta maladie, plein de trucs chouettes. :-)

  3. Hehehe, c’est pas parce que l’on a un cancer qui traîne quelque part qu’on n’a pas des choses chouettes aussi. :-)

    Mais oui, d’écrire, ça évite de se mettre dans une petite boîte pour y crever lentement. Tu en as aussi, Mahie. Beaucoup. Et je te renvoie le compliment pour les choses chouettes d’ailleurs, même si je commente bien peu souvent sur ton blogue, j’y passe régulièrement.

  4. ha ben non, merci à toi!
    Ta sincérité, ton courage, tes batailles, ton humour, tes coups de gueules, ta passion pour un tas de trucs. Merci, merci pour ça, pour ton regard sur la vie, le bonheur quoi! :-)

  5. mich de france

    OUI, Candy Froggie! C’est vraiment ça la vérité…

  6. . “Isabelle a beau me dire à répétition qu’il y a plein de gens qui me lisent, que plusieurs sont impressionnés par ma détermination, mon moral, mon courage, c’est quelque chose que j’arrive très difficilement à croire”
    Isa a raison, je confirme !!
    Bises à vous deux ! :-))

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