Une émission télé

Le 6 mai prochain, à 20 heures, sur la chaîne Discovery, une émission que je compte bien regarder: Living With Cancer, animée par Ted Koppel. On y entendra notamment Leroy Sievers, que je lis régulièrement depuis l’été dernier.

S’il y a une chose qui a changé au cours des dernières années, c’est le fait que l’on parle du cancer. Je sais que, dans mon cas, je refuse carrément que ce soit un sujet tabou, uniquement chuchoté, comme ces maladies que l’on disait honteuses. La réalité du cancer, la mortalité qui en découle à plus ou moins long terme, n’ont rien de honteux. Ça fait partie de la vie, tout simplement.

À suivre le blogue de Leroy Sievers, à écouter les spécialistes, à réfléchir sur le sujet, j’en arrive non pas à faire la paix avec cette merde, mais plutôt à mieux comprendre. Attention! Comprendre ne veut pas dire accepter et m’en aller gentiment vers la mort tout docilement! Non, ce que ça veut dire - et là, c’est uniquement ma perception, un cheminement qui se poursuit au jour le jour depuis juin dernier - c’est la prise de conscience de ce que m’a dit mon oncologue, par une interprétation idéalisée de ce qu’il a dit.

Ce qu’il m’a dit, c’est que l’on pouvait se battre pour gagner du temps. Le mot guérison n’est pas dans le décor. Il n’est pas impossible qu’il y arrive - la recherche évolue tellement rapidement! - mais incurable n’est pas compatible avec guérison. Par contre, ça ne signifie pas pour autant que l’échéancier ne se regarde qu’en mois. On peut lutter avec succès contre un cancer incurable pendant des années. On peut connaître bien des années d’absence de traces apparentes de la maladie, des années sans avoir à suivre un traitement quelconque, des années presque normales. Presque.

J’avoue que la gymnastique mentale requise pour équilibrer tout ça est assez impressionnante: ne pas s’emballer dès qu’il y a une bonne nouvelle, ne pas déprimer dès qu’il y en a une mauvaise, ne pas vouloir tout abandonner quand la douleur est trop forte, ne pas vouloir lancer l’éponge quand les effets secondaires occupent chaque heure, chaque minute, chaque seconde de chaque jour.

Et pourtant, on y arrive! La capacité de l’être humain à s’adapter est drôlement impressionnante! Quand on y pense, ça fait des mois que je me tape des effets secondaires souvent débilitants, je viens de me faire joliment charcuter, et je vais me retaper une ronde d’effets secondaires d’ici quelques semaines, tout ça pour éliminer les traces visibles de quelque chose qui ne se guérit pas. Après, ce sera le jeu du chat et de la souris pour voir quand ça se repointera le bout du nez. :-)

Chacun gère son cancer comme il peut. Chacun gère le cancer d’un proche comme il peut. Dans mon cas, à la lumière de ce que j’en sais aujourd’hui, ça se résume à quelques éléments assez simples: on a trucidé la tumeur au rein, on va trucider les métastases, puis je vais vivre une vie normale jusqu’à ce que ça refasse surface, dans un an, dans 5 ans, dans 10 ans? Qui sait? Et à ce moment-là, je verrai quel combat ça implique et si j’ai le goût de me le taper. Si oui, go. Si non, ben ce sera non. C’est tout.

En fait - comme Leroy le dit lui-même - s’il est vrai que je me serais bien passé de faire partie du club des Cancer Warriors, le fait d’en faire partie m’a appris beaucoup sur moi-même et sur la vie. Et continue de m’en apprendre. Le temps que je gagne sur la maladie avec mes traitements n’est pas pour retarder la mort. Il est pour profiter de la vie.

 

Ajouter un commentaire