Usurpation d’identité

26 04 2007

Rien de plus facile - ou est-ce simplement naturel? - que de se poser des questions quand on n’est pas en état de faire grand chose. Qu’on le veuille ou non, les journées ont toujours 24 heures, que l’on pète le feu ou que l’on soit malade ou convalescent.

C’est en lisant sur d’autres blogues - anglophones - et forums que le sujet de ce billet m’est apparu: à quel point un cancer devient soudainement un élément incontournable de notre identité, pour ne pas dire qu’il nous la vole carrément. Avant, j’étais le journaliste indépendant qui parle de spectacles, de techno et de jeux. Maintenant, je suis Benoit qui a le cancer et qui, quand il n’est pas trop amoché par son cancer ou ses traitements pour son cancer, fait encore du journalisme.

Le phénomène n’est pas qu’extérieur, loin de là! Difficile pour moi de passer une seule journée sans y penser. J’ai un rein en moins à cause de ça; j’ai 43 agrafes sur l’abdomen et une jolie cicatrice pour me le rappeler; j’ai des réactions cutanées qui se multiplient, malgré l’arrêt du traitement au Nexavar; j’ai encore trois métastases osseuses dont il faudra s’occuper dès que je serai suffisamment remis de la néphrectomie. Bref, j’ai amplement de rappels quotidiens portant l’étiquette «cancer» pour ne pas l’oublier de sitôt!

J’avoue que ça demande un travail constant d’apprentissage. Tu as beau avoir la conviction que tu peux vaincre la maladie, même si l’on t’a dit que c’était incurable, il faut systématiquement le rappeler aux neurones dissidents, ceux qui seraient tentés de dire «y’en a marre d’avoir mal» que le jeu en vaut la peine. Il y a les jours où on aurait le goût de crier à l’univers en général (et à certains cons qui ne pensent qu’à leur boulot) «foutez-moi la paix, bande d’imbéciles! J’ai le cancer. Laissez-moi me battre contre cette connerie sans m’emmerder!». Il y a d’autres jours où, au contraire, on aurait plutôt le goût que les gens oublient que l’on a cette maladie et nous traitent comme une personne normale, avec des limites, certes, mais normale, pas avec le néon rose fluo au dessus de la tête qui flashe «cancer» au 2 secondes.

Difficile, la recherche de «normalité» à travers tout ce merdier de maladie, de conventions sociales, d’exigences sociétales.

C’est fou… Tu passes une vie à vouloir te démarquer, ou faire une certaine marque (que tu espères positive) sur au moins le petit monde qui t’entoure, à défaut d’en faire une sur le grand dans lequel on vit. Et puis arrive cette maladie, et soudainement, c’est elle qui devient ta marque…. J’ai vraiment l’impression de m’être fait piquer quelque chose.


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Une réponse à “Usurpation d’identité”

26 04 2007
Mahie (05:45:46) :

Bah oui mais tu restes avant tout un journaliste, c’est bien pour ça qu’on a toujours autant de plaisir à te lire, parce que tu écris bien, non? Imagine si t’avais le cancer et que t’écrivais comme un pied? Moi ce que j’apprécie c’est ton écriture, cancer ou pas. ;-) allez ciao bonne journée!

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