9 mois

Nous sommes le premier mars. Il y a 9 mois, j’étais à l’urgence de l’Hôpital Sacré-Coeur, sous perfusion, avec un calcul rénal qui faisait des siennes. Si la douleur était intolérable, je me disais tout de même - pour avoir déjà vécu l’expérience - que ce serait réglé assez rapidement et que tout reviendrait à la normale.

Je ne savais pas ce que me réservait le lendemain. Je ne savais pas encore que l’on allait découvrir l’intrus qui allait tout faire basculer.

Si je voulais faire dans le mélo, je dirais que 9 mois, c’est juste assez de temps pour donner la vie, et presque assez pour déjouer - ne serait-ce qu’un temps - la mort.

Mais en fait, je ne me sens pas mélo. Je peux même dire que je me sens mieux que je ne l’ai été depuis quelques mois. Le corps apprend à composer avec les différentes douleurs qui lui tombent dessus au fil du temps, et comme elles s’atténuent enfin, je me sens presque en forme!

Ces temps-ci, en fait, ce qui est le plus difficile, c’est de rester calme et fonctionnel, rester patient en attendant les résultats des tests que j’ai subis, résultats qui ne viendront que la semaine prochaine. Rester calme à l’idée que si tout va bien, ce sera le bistouri et l’ablation du rein gauche. L’idée de nouvelles douleurs, d’une nouvelle incapacité - temporaire, soit - mais incapacité quand même.

Entre les deux oreilles, ça fait cogiter ferme! Impression souvent frustrante de travailler à survivre en attendant de pouvoir se remettre à simplement vivre. C’est complètement tordu comme réalité, mais c’est pourtant bien réel. Le défi, c’est de tout de même vivre, profiter de la vie, à travers tout ça.

J’avoue que mes pauvres petits neurones font parfois de la surchauffe à essayer d’assimiler le changement, assimiler le fait que même une fois que le cancer aura été trucidé, la vie continuera, mais ne sera plus jamais pareille. Isabelle l’a bien vu, elle; il y a une forme d’innocence face à la vie qui disparaît. Certes, on ne se rend pas à 52 ans en conservant l’innocence de l’enfance, mais quand même, comment dire…

Le cancer ne tue pas nécessairement la personne. Mais le cancer tue quelque chose de l’être. Il y a beau y avoir tous les psys et les lologues de tout acabit qui décortiquent les processus psychologiques - rejet, révolte, acceptation, etc. - en bout de ligne, la personne qui traverse la tempête en ressort changée, son entourage immédiat aussi.

Et l’on a beau savoir qu’à travers tout ça, on a appris quelque chose, on a grandi, et tout le tralala, n’empêche qu’au final, il faut traverser le processus deux fois: une fois par rapport à la maladie, une fois par rapport à soi-même…

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18 Commentaires

  1. Benoit, je ne sais jamais quoi te dire quand tu parles de ta maladie, mais en tout cas, et je ne suis pas le seul à le penser, tu es un sacré bonhomme, je t’assure…

  2. :evil:

  3. Comment ça je suis le mal ? bash:

  4. oulala, il y a plusieurs choses dans tout ce que tu écris(ouaiiii j ai trouvé le é tu vois chui pas si pire)
    Il y a d abord cet -anniversaire- neuf mois… neuf mois de souffrances, d angoisse, d espoirs aussi. oui tu peux le dire neuf mois c est une nouvelle vie. Finalement tu vois Benoit, tu as pu triompher neuf mois de la maladie, alors donnes toi encore neuf mois et de naissances en naissances tu deviens qui tu es.

    Autre sujet : l impatience, l attente, l angoisse de l attente qui, si l on n y prend garde, amplifie les difficultés ultérieures. Il est paradoxal de se dire : je DOIS rester calme, je te comprends dans ce débat intérieur, pourtant que se passerait il si tu ne restais pas calme, si tu te prenais une saine colere contre cette semaine qui n en finit pas, si pour une fois tu t accordais le droit a la fragilité, si tu te disais que cette semaine est TA semaine, celle ou tu te fais plaisir, celle ou tu refuses de penser a autre chose qu a toi dans tes désirs, tes rêves, tes joies. En fait, le temps s écoule sans qu on n y puisse rien, laisses aller le temps il travaille pour toi, et prends l instant, juste l instant, l un apres l autre. Lorsque tu écris : -rester calme-, je lis comme une immense frustration devant cette semaine qui ne va pas assez vite. Si tu tentes de mettre ton énergie dans le fait de lâcher sur cette impatience et de prendre soin de toi a chaque instant en faisant de cette semaine, un instant unique il se passe quoi..Oui je sais c est hyper difficile, mais si juste un instant tu y parviens peut être ce sera plus facile ensuite.

    AUtre sujet : le changement, l innocence qui s en va… Tu vois j arrrive a 60ans bientôt, et …je la retrouve cette innocence perdue. Elle n est JAMAIS perdue, rassures toi, mais a certains moments de notre vie, dans les immenses solitudes de la maladie ou du deuil, elle se cache car elle nous fragiliserait si elle restait. On a besoin d autres forces a ces moments la, et alors nous avons le sentiment de ne plus jamais être le même -apres-
    Mais je te promets Benoît qu au moment ou nous allons mieux, nous la retrouvons, lumineuse, rayonnante et intacte…avec une force differente, parce que Oui, les épreuves nous changent. Et alors… Ce que tu exprimes ici est comme un changement négatif parce que tu es fatigué, inquiet, centré sur ta maladie et ca t énerve de ne plus être Benoit d avant, et ce énervement te donne l impression d être quelqu un d autre, pas si bien que ca. Parce que si ce changement te paraissait positif il ne te peserait pas n est ce pas… (non je je trouve pas le point d interrogation oups)
    Surtout gardes ton énergie pour guérir, pas pour regretter ce qui est toujours en toi mais qui se cache pour te laisser faire ce qui doit être fait : guérir et vivre.

    J écris comme je le sens la, juste avec mon vécu, et le ressenti de ce que toi tu écris. Il y a dans la vie tellement de surprises que l on n a pas prévu Benoît, et nous en comprenons la réalité bien longtemps apres les avoir vécus. Surtout dis toi que tu ES BENOIT et que les changements qui s operent en toi sont en fait l aboutissement de Qui tu Es, juste qui tu es, avec ses défauts oui, mais surtout avec sa force, son âme, son éenrgie initiale transformée, mais TOUJOURS en toi.
    Bonne journee au soleil, il parait que demain on s enfouit sous la couette : ils disent qu il va neiger.

  5. Et les foutus smileys qui ne coopèrent toujours pas…. Mais je vais les avoir à l’usure!!!

  6. Je sympathise beaucoup avec toi, Benoît, car je me trouve un peu dans une situation similaire à la suite d’un accident. Je ne suis même pas sûre de pouvoir reprendre mon travail à la suite de cette fracture à la jambe droite et vois-tu, je dépasse le 60. Difficile de se replacer à cet âge avec plein de projets dans la tête.Le coeur ne suit pas toujours le corps. Qu’importe, il y a les livres, l’écriture et les blogues avec lesquels tu noues des amités virtuelles; si c’est possible de les concrétiser… Et sache aussi, la maladie, j’ai vécu avec elle toute ma vie à titre de soignant. Je t’envois des ondes positives!

  7. Hello Benoît… juste un petit coucou pour te dire que même des personnes qui te sont quelque peu lointaines pensent à toi ;-)

  8. hello Benoit !!

    ne te fais pas trop de soucis pour l’opération ! je dirai que c’est le moins penible dans notre situation puisque elle permet de combatre l’autre naze !!! les progrés de la chirurgie sont tels qu’une semaine aprés tu te retrouves chez toi . il ne restera plus qu’à “faire du gras” en te reposant et en attendant le printemps !!
    ;-)

  9. Erwan! Content de te voir ici! Faut décidemment que je prenne le temps de repasser par le forum.

    À tous, merci de vos commentaires. Ce n’est pas tant une passe de déprime que de l’anxiété à l’attente de résultats. Garder l’imagination sous contrôle, faire preuve de patience… Voilà bien deux choses avec lesquelles j’ai plein de problèmes, et c’est le moins que l’on puisse dire!

    Grand’mamie, pour ce qui est de ventiler, je t’avoue que les 3 km de marche d’hier ont aidé. J’en suis rentré vidé, mais en même temps, bye-bye le stress, du moins pour un temps!

  10. youpiiii…. je devrais faire comme toi, marcher et faire de l exercice ca me ferait renouveler les neurones. Bon aujourdh ui c est plus dur il neige …ca me donne envie d ecrire un truc sur la tempête : la tempête exterieure qui calme la tempête intérieure, je vais faire peut etre un post sur mon blog.

  11. Nade de Lyon

    Moi aussi ça fait 9 mois c’est d’ailleur comme ça que j’ai découvert ton blog.Nos histoires se ressemblaient tellement au début sauf qu’on ne m’a pas découvert de métastases par la suite .Mon nodule faisait 4 cm c’est pourquoi je te parlais peut être d’une célioscopie pour toi car le tiens ne faisait que 3,5 cm et l’on m’a expliqué que c’était la grosseur du nodule qui déterminait l’opération .On m’a aussi enlevé la loge du rein ( graisse qui entoure le rein ) et la glande surénale ma cicatrice fait a peut près 5 cm et j’ai été opéré le mardi pour rentrer le samedi matin .J’ai été étonné par le peu de douleur ressenti pour une opération aussi importante et aussi par la rapidité de la récupération .Je suis aussi un peu dans le stresse car scanner de contrôle lundi .Depuis physiquement pour moi rien n’a changé j’ai repris mon travail et une vie normale et ma famille proche mari et enfants sont passé a autre chose moi je suis resté sur le quai .J’ai changé mais pas eux et c’est aussi assez difficile a vivre .C’est une maladie qui reste dans un coin de notre tête même quand elle n’est plus dans notre corps .Bien sur on vie ,bien sur on rit, bien sur on sort mais rien n’est plus comme avant.On attend enssemble de bonnes nouvelles pour la semaine prochaine même si pour toi ça signifie opération quand il faut y aller faut y aller mais tu verras ce n’est pas si doujoureux qu’on le croit .

  12. Bonjour Benoit, je ne viens pas souvent sur ton blog, pas assez souvent devrais-je dire…
    Encore des épreuves… Tu as vraiment un moral d’acier, je t’admire!
    Moi mon poignet est presque guéri et j’ai recommencé à travailler il y a deux semaines au centre-ville. Si tu veux, fais moi signe, on se voit pour un café un soir :-)
    Bisous XX
    Lise

  13. Lise!! Ah ça fait du bien de te voir! Je te passerai un coup de fil au cours de la semaine qui vient, après mardi!

  14. bonjour

    En novembre 2005, on retirer le rein gauche à ma fille de 27 ans.

    l’annonce de la tumeur, pour moi, c’est comme si on se trouvait dans une pièce bruyante, remplie de monde, et qu’on pénétrait dans une autre pièce plus calme avec seulement quelques personnes qui discutent.
    dans l’autre pièce, on ira de temps en temps, mais on y sera un peu étranger.

  15. Comme Romuald j’ai du mal à faire un commentaire quand tu parles de ton cancer (on a déjà parlé de ça) mais ce qui est certain, c’est que ton courage et ta rage de le vaincre me donne toujours à moi aussi un peu de courage pour traverser une période pas très glop. Je crois que cette après-midi avant d’aller chercher mon fils à l’école je vais aller faire une grande marche dans le parc du château! Allez zou!

  16. Cher Benoit , Pour sûr que tu le ressends pas “mélo” ,car même ta phrase mélo , je ne la trouve pas mélodramatique , du tout ! ;-))
    Elle n’est pas bête , dis !
    9 mois , pour une naissance, 9 mois pour …accepter cette maladie, (???) , être prêt à la contourner , pour mieux la combattre , (???) , vivre bien malgré elle (???) , j’hypothèse là , à fond , je sais… :-/
    J’ai eu beau , petite , (très petite) avoir un père malade du cancer , je n’y étais pas ,moi.Je sais ce que ça m’a fait à moi .Pas à lui.Normal , il ne parlait pas . Et c’est ça le pire. Alors, t’es le meilleur !!!
    Bises chaleureuses !
    A bientôt !

  17. Tu sait Nade, ta famille n’est peut etre pas passée à autre chose. Peut etre sont-il restés sur le quai avec toi à t’observer de loin, sans te le dire pour ne pas que tu t’inquite trop pour eux.

    Les proches ne peuvent pas vivre ce que le malade à vecu, mais ca les touches aussi et c’est difficile à vivre pour eux egalement. Ca reste toujours dans le coin de nos tête et l’on à toujours peur de ne pas pouvoir profiter de la personne qu’on aime autant qu’on esperait pouvoir le faire avant. On pense souvent aux angoisses du malade, à ce qu’il doit vivre, à comment ca doit etre difficile, mais on ne sait que faire.

    Rien n’est plus comme avant, mais on ne le montre pas pour que la personne malade ne sente pas de culpabilité à avoir definitivement changé nos vie et à nous avoir enlevé ce reste d’espoir de profiter encore longtemps des etres chers.
    On ne le montre pas aussi car on se rend compte soudain qu’il y a une certaine urgence à retrouver de la gaieté et de la douceur au quotidien et de partager seulement le meilleur avec ses proches. Alors on essaye de donner le meilleur de nous meme et de ne pas montrer nos angoisses, mais on n’oublie JAMAIS.

  18. Terry, bienvenue ici et merci de ton commentaire que je trouve très pertinent. Il touche beaucoup d’éléments très sensibles.

    Il m’a fallu beaucoup de temps à admettre qu’Isabelle avait raison et que plus jamais les choses ne seraient pareilles. La notion de fin existe dans la vie de tous les jours, mais avec un truc comme sur le cancer qui te tombe sur le coin de la gueule, ça remet la notion à l’immédiat plutôt que dans un avenir éventuel. Déjà, ça, il faut faire avec, tant le malade que les proches.

    Ensuite, ce que l’on traverse, physiquement, émotivement, ça ne peut faire autrement que nous changer profondément, changer notre façon de voir la vie. Cependant, je suis toujours convaincu que l’on peut limiter les dégats, ne pas laisser l’avant-pendant-après cancer gérer nos vies.

    Par exemple, quand tu mentionnes l’urgence à retrouver la gaieté et la douceur au quotidien et de partager seulement le meilleur avec ses proches, ce n’est pas comme ça que je le vois. Plus que jamais, c’est tout que je partage avec mes proches. Et, si Isabelle est effectivement très soucieuse de me faciliter la vie, elle n’a Dieu merci pas perdu son mordant pour me le dire quand je déconne ou dépasse les bornes. :-)

    Mais patient ou proche, le cancer fait de sérieux ravages. Il faut savoir le reconnaître, tout comme il faut reconnaître que l’on peut en sortir grandi (oui, je sais, ça fait cliché à mort!) parce que l’on apprend ensemble à mettre les priorités là où ça nous importe. On minimise les pertes, tout en ayant conscience que le jour où ce verdict tombe, tout bascule de façon irréversible.

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