Enseignants, où est passée votre passion?
Publié dans Coup de gueule, le 21/02/2006 à 23:26, par Benoit
Il y a une question qui me chicotte: enseignants, où est passée votre passion? Où est passé cette soif de partager avec des adultes en devenir ce savoir qui façonne des vies? L’avez-vous jamais eu? L’avez-vous perdu dans les dédales de vos conventions collectives et les méandres des directives gouvernementales? Et vous, les parents qui hochez de la tête - et moi, parent que je suis - comment sommes-nous devenus plus spectateurs impuissants d’un système qui dérape depuis maintenant des années?
Est-ce l’âge qui me fait voir les choses d’un oeil distortionné par le temps? J’ai pourtant l’impression que non. Je me souviens encore de M. Bellemarre, en secondaire IV, qui m’a fait vibrer pour la poésie, sujet que je ne pouvais pas blairer jusque là. Il vibrait à lire un texte, s’emballait à nous parler des passions animant l’auteur, s’ébahissant devant l’imagerie suscitée par les mots sur la page.
Et ce n’était là qu’une matière. Il y en avait plein d’autres! Et, plus souvent qu’autrement, le prof devant la classe vibrait. Certains étaient jeunes, d’autres moins, mais quand ils avaient cette passion, ils arrivaient toujours à nous rejoindre. Pas besoin d’une autorité stalinienne en classe, juste un besoin de saisir et savoir retenir l’intérêt des jeunes que nous étions. Il paraît que c’est ça, la pédagogie.
Au Québec, dans beaucoup d’écoles publiques (il y a sans doute des exceptions, quelque part…), ne cherchez pas cette passion. Entre une réforme scolaire décrétée unilatéralement par le gouvernement, entre x coupures de budget, et des postes d’enseignants beaucoup plus régis par les termes de conventions collectives blindées que par un réel désir de partager son savoir, une génération de jeunes use ses fonds de culottes, pas vraiment préoccupée par l’avenir. Là où la génération X se voyait sans avenir, la génération actuelle pourrait fort bien s’appeler la génération N. N, c’est pour NOW. Now, ça veut dire maintenant. La génération de la gratification instantanée, demain, on s’en fout.
Quand, après la révolution tranquille des années 60, on a modifié en profondeur le système d’éducation au Québec, c’était notamment pour éliminer les abus d’autorité de la part d’une certaine tranche du corps enseignant. Sauf qu’en voulant libéraliser le système, on a depuis dérapé dans l’extrême opposé. Là où on fonctionnait à coup de Monsieur et Madame, on oublie plus souvent qu’autrement toute formule de politesse, quand ce n’est pas carrément toute politesse, point.
Là où l’on enseignait une matière dans laquelle on était spécialisé avec rigueur, on enseigne maintenant ce qui est disponible - que l’on soit spécialisé ou non. Et là où l’on prenait le temps de corriger les travaux et où l’élève coulait s’il ne possédait pas la matière, on coule peu ou pas. Non! On utilise plutôt un merveilleux système de pondération, question de ne pas ralentir la progression de l’enfant à travers le système… à moins que ce soit pour ne pas ralentir l’entrée des fonds gouvernementaux dans ledit système.
Et les parents dans tout ça? Là, on retrouve un peu de tout. Ceux qui tentent tant bien que mal d’accompagner leurs enfants à travers ce qui reste du système d’éducation. Ceux qui pensent que l’école est une continuité de la garderie: occupez-vous de mon enfant pendant que je travaille et ne leur donnez surtout pas trop de travaux ou ne faites pas preuve de trop d’autorité, parce que quand je rentre du boulot, je suis trop crevé pour avoir en plus à me taper d’aider mon enfant à faire leçons et devoirs. Notons en passant que le simple fait de tenter de faire preuve d’autorité parentale est un défi assez intéressant quand les enfants côtoient des adultes qui, pendant toute la journée, font preuve de peu ou pas d’autorité (à moins que certains considèrent que de dire à un jeune d’aller dans le corridor soit une façon positive de développer une relation d’autorité et de motiver le jeune face à l’étude). Il y a même des parents qui s’impliquent directement, par le biais de comités d’école, et qui tentent aussi tant bien que mal de contribuer à améliorer le système.
Et le système, il en est où? Combien de temps encore les jeunes devront-ils se taper les éléphants de béton sans air ni fenêtres, reliquats du début des années ‘70, que l’on appelle des polyvalentes? Combien de temps encore devront-ils se taper des enseignants désabusés, démotivés et trop souvent démunis de quelque passion que ce soit pour leur profession et la matière qu’ils enseignent? Combien de temps encore devront-ils faire les frais de l’aveuglement du gouvernement face à l’importance de la formation pour les jeunes? Quand les parents auront-ils non seulement voix au chapître, mais aussi la volonté - et l’énergie - pour accompagner leurs enfants dans leurs études?
La réponse, malheureusement, nécessite un choix de société, de toute une société. Après plus de 30 ans de laisser-aller, de démagogie gouvernementale et syndicale, il serait grandement temps que l’on se penche sur le problème avec tous les intervenants qui touchent de près ou de loin le milieu de l’éducation. Et ça, n’en déplaise aux syndicats et à nos gouvernants, ça comprend aussi les parents.
On parle déjà beaucoup des baby-boomers qui sont la source des maux de la génération X. Et si, au lieu de chercher quelqu’un d’autre à blâmer pour la prochaine génération que l’on bousille, on se grouillait collectivement un peu le cul pour changer les choses, ça pourrait être bien, non?
Image: www.freeimages.co.uk
23/02/2006 à 9:04 am
Tu poses une sacrée question, là, c’est pas peu dire… Je suis un poil déçue, je croyais qu’au Québec, c’était moins la cata pédagigique qu’en France… Apparemment , pas vraiment… Quelle est leur formation pédagogique à ces profs, justement, et qu’attend-on officiellement d’eux ? Combien sont-ils (les élèves ) en classe ? Et , la passion , l’enthousiasme sont-ils des critères dans nos sociétés, pour enseigner, pour apprendre, pour bosser …? Tu parles ! Y’a de quoi faire, oui, et tout le monde est concerné tu as raison, ceci devrait t’intéresser : http://www.cafepedagogique.net/index2.php C’est en France, mais tu devrais pouvoir y pêcher des pistes. Bonne journée à toi.
20/04/2006 à 2:56 pm
la formation en France n’est pas performante et beaucoup le disent pas haut mais fort. Il faut revoir la formation et l ne faut surtout pas que les instits est un rôle premier dans l’éducation mais plutôt sur l’apprentissage. chacun sa place et cela serait beaucoup mieux. Que les parents arrêtent de mettre la pression concernant le travail fait à l’école, que les enseignants arrêtent de mettre la pression auprès des parents concernant un prétendu “bilan psychologique” à chaque problème rencontré !
22/04/2006 à 5:01 am
Pasdesanges > Ca c’est vrai ;))