Il y a de ces conversations qui déchirent, sans le vouloir…
Dans l’appartement, deux femmes, Noëlla et Annette. La première me regarde avec un sourire rassurant. La seconde me regarde avec curiosité.
« C’est qui, le monsieur? » demande Annette.
« C’est Benoit » répond Noëlla.
« Hein? Ben non! Benoit est à Montréal, c’est pas Benoit! »
J’ajoute doucement un « Oui, oui, je suis Benoit. »
« Non, non, c’est qui cet étranger là? » renchérit Annette, de plus en plus agitée, son regard allant de moi à Noëlla.
Je sors mon permis de conduire avec photo, question de lui montrer.
« Je suis bien Benoit. Regarde la photo, regarde le nom qui est écrit. Tu vois? Je suis bien Benoit. »
Annette regarde le nom, la photo, mon visage. Elle regarde Noëlla, l’air interrogatif, regarde à nouveau le permis. Ses yeux s’emplissent d’eau.
« C’est mon Benoit? »
« Oui, oui, madame Bisson, c’est votre Benoit. Vous savez bien que je n’aurais pas laissé rentrer un étranger chez vous comme ça! » précise Noëlla, rassurante.
C’est l’étreinte, un instant de reconnaissance lucide. Bordel que j’ai mal!
J’ai beau me blinder, me dire que c’est inéluctable, que ça ne fera qu’empirer avec le temps, quelque part à l’intérieur, ça déchire tout. Déjà, il y avait de longues périodes où elle ne reconnaissait plus ses deux petits-enfants. Puis ce fut leur mère qu’elle cessa de reconnaître. Mais moi, j’étais toujours là, dans un coin de mémoire qui semblait résister.
Pas hier.
Annette aura 87 ans en juin. Annette se souvient qu’elle a un fils qu’elle aime. Il y a juste de ces moments où elle ne se souvient plus vraiment que ce fils, c’est moi….
Bordel que j’ai mal aussi… Courage! Souviens-toi de nos deux petits doigts qui se rejoignaient Zzz…dans les périodes difficiles pour se donner de l’énergie. Puisque c’est impossible de revivre cela en personne, je t’envoie cette énergie en passant par ton blog.
Bonne journée!
Je viens de découvrir ce site… Quel beau texte et pourtant toute la tristesse du monde y transparait… Je voudrais pouvoir alléger ta souffrance mais je ne peux que t’envoyer des pensées de compassion du plus profond de mon coeur. DB
Très beau texte.
Merci de vos commentaires. Vous savez, pas évident de livrer de tels moments, sans pudeur mais aussi sans exhibitionnisme. En fait, la principale raison du billet, c’est d’exprimer le déchirement intérieur, pour l’exorciser un peu.
Du côté du coeur
Aujourd’hui, je me sens d’humeur étrange. Les impressions qui me viennent en ce jour ensoleillé sont commes des ballons qui éclatent dans le ciel sans raison apparente. Il y a des jours comme ça où l’on se sent prêt à exploser, prêt à fondre en
Comme Lithium c’est du côté du coeur que je me sens touchée par ton billet. Puisse nos témoignages d’amitié, non pas alléger ta peine cela ne se peut, mais te tenir la main.
En espérant que ce billet t’aura aidé à exorciser cette nouvelle douleur.
J’ai une tante qui est ainsi,j’ai été la dernière également qu’elle a « oublié »;Mais ,ce n’est pas ma maman, c’est différent.Alors,plein de ressources,bon courage.
Avanaé, tu as parfaitement compris le pourquoi de l’écriture du billet. Et ça ne réussit qu’un peu. Pour le reste, il faudra du temps.