Fielleuse ritournelle de Nicolas Ritoux
Publié dans En vrac, le 26/11/2004 à 7:05, par BenoitIl m’irrite. Pas parce qu’il a raison ou tort. Tout simplement parce qu’à part le fiel, son texte dans Ici Montréal ne dit rien!
Mettons les choses au clair dès le départ: Nicolas Ritoux déteste Halo 2. Voilà, c’est dit. Et par ces cinq mots, je vous en ai à peu près dit autant sur le jeu que monsieur Ritoux lui-même. Et c’est cela qui m’irrite. Pas le fait qu’il aime ou n’aime pas. Qu’il soit d’opinion contraire de la plupart des autres critiques m’importe peu. Ce serait même remarquable s’il avait un tant soit peu détaillé sa position.
J’ai déjà dit, dans un autre billet, ce que je pensais de sa critique du jeu sur Cyberpresse (et dans La Presse). En jetant un oeil rapide à des journaux que j’avais empilé dans mon bureau, je tombe sur sa «critique» dans Ici Montréal en date du 11 novembre. En tout, sept paragraphes de fiel sur Microsoft (ça c’est original!) où le jeu n’est mentionné qu’en passant, pour mettre de l’emphase sur ce qu’il tente de démontrer haut et fort: tous les critiques de jeu sont des cons et il n’y a que lui qui ait l’objectivité journalistique pour dire que Halo 2 est pourri.
Bravo! Superbe travail de recherche! C’est toujours passionnant pour un lecteur non-informé d’apprendre qu’il a fallu signer une entente de non-divulgation avant de pouvoir jeter un oeil au jeu avant sa sortie. Ce serait encore plus objectif et journalistique de dire que c’est là une procédure habituelle pour tout journaliste voyant un produit avant sa sortie!
Mais j’y pense: le texte de monsieur Ritoux s’intitule «Halo 2: beaucoup de bruit pour rien». Attendez que je fouille un peu…. Sept paragraphes… Il doit bien y parler du jeu quelque part! Ah, si! Quand même! «Pourtant, il s’agit dun jeu tout ce quil y a de plus traditionnel. Un petit shooter boboche et sans surprises. Franchement rien de bien excitant pour un joueur qui a un minimum d’attentes.» Hmm, fouillons encore… Ah, oui! Il y a aussi «Nous le répétons donc dans ce journal pour être bien sûr que vous aurez droit à toutes les opinions: Halo 2 est un petit shooter sympatique, mais qui n’a rien à voir avec l’événement intergalactique décrit par son communiqué de presse, que nombre de nos collègues ont «copié-collé» fidèlement, par manque de temps et de recul, par fainéantise ou par peur de ne plus se faire payer de billets davion par Microsoft.”»
Bon, c’est gentil le «nous» royal, ça donne l’impression que l’on est quelqu’un (à moins que ce ne soit pour donner l’impression que l’opinion de l’auteur est celle de la publication), mais ça ne dit rien - je répète r-i-e-n - sur le jeu.
Résumons: en deux textes, monsieur Ritoux - qui se dit objectif et critique - ne donne aucun détail sur le jeu, sa jouabilité, les armes disponibles, les niveaux de jeu. Y a-t-il seulement joué? On pourrait sérieusement se le demander!
Du haut de sa chaire…
Pourquoi est-ce que je prends le temps de critiquer le critique? Parce que critique il n’est pas, tout simplement. Je n’ai jamais hésité à taper sur Microsoft lorsque j”estimais voir une bourde ou une connerie. Et j’essaie généralement de présenter tous les aspects d’un truc, question de respecter l’intelligence des lecteurs et les laisser se faire une opinion qui leur soit propre.
Monsieur Ritoux, pour sa part, décrie un produit sans donner un seul foutu détail critique sur le jeu. Sa «critique» ne dit absolument rien à quiconque voudrait en savoir plus, en bien ou en mal.
Vous voulez des exemples, monsieur Ritoux? Facile!
- Les cinématiques sont impressionnantes, mais en version française, Microsoft aurait pu se forcer un peu et mettre les voix en français plutôt que de sous-titrer en français.
- En mode campagne, le jeux réserve des surprises fort intéressantes et imaginatives, et le joueur aura l’occasion de voir Master Chief dans des situations jamais vues ou imaginées dans la première version. Par contre, le niveau de difficulté du jeu a baissé un peu, et en mode normal, un joueur expérimenté le trouvera sans doute trop facile.
- En mode multijoueurs, les nouvelles armes ainsi que la possibilité de manipuler deux armes simultanément sont définitivement des éléments positifs. Par contre, il est frustrant que l”on n’indique plus, sur l’écran de sélection des cartes, à combien de joueurs une carte convient. On peut se retrouver dans un endroit, en jouant à deux, où il est impossible de trouver l’autre tellement la carte est grande. La version 1 donnait une meilleure idée de l’étendue d’une carte à la sélection. Dommage d’avoir perdu cette clarification dans la version 2.
Je pourrais continuer longtemps ainsi. Ce ne sont là que trois éléments critiques du jeu, monsieur Ritoux. Notez la particularité d’une critique: elle parle du sujet qu’elle est sensée critiquer!
Bref, ceci est une critique de Nicolas Ritoux. Notez - vous voyez, j”insiste pour que vous compreniez bien - que je parle du sujet que je critique. Quant au pourquoi de la critique, il est simple: j’ai horreur des individus qui se servent de la tribune médiatique qu’ils ont le privilège d’occuper - et c’est bien un privilège! - pour simplement y gaspiller de l’encre.
04/12/2004 à 11:44 pm
Benoit,
J’ai vu ta page parce que dans une passe narcissique motivée par l’ennui mortel dans lequel se déroule ma soirée, je me suis auto-googlé et j’ai vu que tu arrivais en 1ere place.
Mais je suis un peu triste de ce que je lis.
D’abord tu ne devrais pas présenter ça comme critique de Nicolas Ritoux, parce que tu ne me connais pas. Ensuite, j”ai moi-même eu l’occasion d’écrire le même genre de trucs avant d’être journaliste, que j’envoyais aux journalistes directement (pas de blogues à l’époque) et je comprends tout à fait le ton que tu emploies. Quand on s’oppose à l’avis d’un journaliste, on écrit avec violence parce qu’on a l’impression que sa voix porte tellement plus loin que la nôtre que l’on a besoin de frapper fort. Mais comme ça m’a pris des années avant de gagner ma vie là-dedans (je l’ai gagné dur mon «privilège», tu sauras), j’ai eu moi aussi ma passe de rage et je te comprends. Je suis convaincu que si on prenait un verre ensemble, au bout de cinq minutes tout serait oublié et pardonné.
Allons au sujet : on m’a reproché d’avoir mis une trop mauvaise note à Halo 2 et je suis d’accord (j’aurais du donner 3 sur 5 au lieu de 2). Là est intervenu le traumatisme que m’a fait subir la relationniste de MS Canada (tu ne peux même pas imaginer le degré d’intimidation qu’elle atteignait en exigeant que je répète son brief - malheureusement j’ai d”autres sources de revenus et la pression ne m’atteint donc pas et n’a donc fait que me renforcer dans ma colère, contrairement à certains «journalistes» que je ne nommerai pas mais qui tombent dans l’infopublicité la plus anti-déontologique).
Je t’explique ce que je pense observer avec Halo 2 : Halo 2 est le «Nouvelle France» des jeux vidéos. Il emploie les mêmes techniques de RP très critiquables, qui auraient été inconcevables il y a 10 ans. Et quand je vois que même le Globe and Mail a joué les bons petits soldats, ça me désole. Ya bien que le New York Times qui a eu la sagesse de mesurer les effets d’euphorie.
Mon opinion maintenant (et contrairement à ce que pensent les relationnistes, j’ai l’opinion que je veux). Halo 2 est un jeu sympathique, comme je l’ai dit, mais j’ai tendance à considérer les jeux comme une forme artistique indépendamment des plateformes. Donc si on le sort du contexte de la Xbox, il se retrouve loin dans le classement derrière des jeux comme UT (le fun d’Halo étant le jeu à plusieurs, comme UT, donc c”est une bonne comparaison). Mais Atari n’a pas fait 100 millions de RP au Québec pour UT, donc les médias généralistes en ont moins parlé (as-tu vu ? SIX MINUTES à Radio-Can qui ne parle pourtant jamais de jeux - n’y aurait-il pas d’autres jeux, quitte à parler de jeux, qui méritent d’être nommés des événements? Me semble).
Assez de media-buzz, donc, pour revenir au jeu.
Je pense que les jeux vidéos tournent actuellement une page importante. Ça y est, ils sont dans la cour des grands avec Hollywood ; big money. Donc, Halo 2 et ce qui l’entoure (le hype) est la preuve qu’une partie de l’industrie du jeu a l’intention de se lancer dans les recettes hollywoodiennes : tout pour l’effet, rien dans le contenu. Halo 2 est le premier gros «blockbuster» dans ce sens, le premier «pop videogame». On entre dans une ère ou on va lancer des jeux DIVERTISSANTS (Halo 2) et à côté, seuls les prod indépendants vont innover. Pareil qu”en musique ou en cinéma. Halo 2 est le Star Académie du jeu vidéo (en plus d’être le Nouvelle France… décidément faudra inviter notre héros muet et sans profondeur MasterChief à Josélito !)
Halo 2 est ça.
Je veux dire que moi je crois que les jeux sont une forme d’art et qu’il y a dans les jeux des travaux artistiques, et des travaux de divertissement sans profondeur (j”aime vraiment regarder un film comme Terminator 2 de temps en temps, mais ça reste sans profondeur, même si c”est le fun).
Or le format et le lectorat du cahier Actuel fait que nous, on n’embarquera pas là-dedans - et oui, je me dois de dire «nous» parce que c’est une règle journalistique. En passant tout le monde me backe au cahier, ainsi qu’à mon autre job, la Revanche des Nerdz, qui a tout simplement choisi de ne pas faire de review (c’est ça que j”aurais du faire, mais MS m’a forcé à faire la review par contrat en échange du preview, ce qui n’est pas normal - un embargo n’est pas normal ni pertinent non plus en passant, ça l”est pour des nouvelles économiques ou scientifiques, mais pas pour la culture ; c’est une des conséquences de la convergene et du changement de rapports de pouvoir entre éditeurs et journalistes).
Whatever, pas la peine d’insister… tu m’as compris et tu ne dois toujours pas être convaincu, mais bon. J’ai le mérite d’avoir parlé du jeu, au moins. J’aurais juste du mettre un 3. Ça je le regrette.
Bon voilà, c’est à peu près tout…
Merci pour les commentaires, au moins yen a qui lisent mes articles, Ça me rassure
niko
04/12/2004 à 11:57 pm
Ah oui j’ai oublié : quand la relationniste de MS m’a engueulé, la première chose qu’elle a dit en décrochant le téléphone était : comment peux-tu dire ça quand GameSpot a donné 9.9 (je crois) à Halo2.
Tu dis que je sous-entends dans le ICI que tous les critiques de jeux sont des cons sauf moi. Eh bien, j’aimerais ça mais en fait la vérité est :
Tous les critiques de jeux, à l’exception des critiques oeuvrant pour des médias généralistes, ont potentiellement reçu un chèque pour dire du bien de Halo2. C’est un de ces tabous dont on ne parle jamais, mais GameSpot ou IGN, tout comme le magazine Premiere pour les films ou Elle Québec pour les rouges à lèvres, sont tout simplement payés pour dire du bien des jeux (Ça passe dans la comptabilité par un plus gros achat d’espace publicitaire, genre trois fois le prix normal). La Presse pourrait bien être corrompue par GM ou Bell (je n’en sais rien), mais la Xbox ne nous a pas donné un sou.
Que penses-tu de Mr Net, qui est un être humain très très sympa, mais (et ça me désole de le dire), fait de l’infopublicité ?
C’est vraiment super important ce débat. Je devrais écrire un papier là-dessus un de ces quatre. Je connais personnellement des game producers prêts à témoigner de la corruption, chiffres à l’appui…
Juste pour que tu saches…