On se remet lentement - Première sortie

Je semble reprendre le dessus sur le virus qui m’est tombé sur la gueule il y a près d’une semaine. Première sortie - il était temps! - question de prendre un peu l’air. Marche jusque sur Mont-Royal avec Choupinette. Redécouverte des « Plateux »…

Ça m’a réellement fait du bien de sortir prendre l’air un peu. Pour la première fois depuis près d’une semaine, bouger et marcher sans avoir l’impression que je vais m’écraser d’une seconde à l’autre, sans migraine assassine, sans étourdissements, c’est très agréable.

Nous marchons - lentement quand même, c’est pas la grande forme - jusqu’à l’avenue Mont-Royal. J’avais oublié à quel point c’est achalandé le samedi après-midi. Il ne faut pas longtemps pour que je m’irrite des envahisseurs, ceux que j’ai surnommé les Plateux, c’est-à-dire fréquentant le Plateau Mont-Royal. Comment décrire le Plateau à quelqu’un d’ailleurs, qui n’aurait jamais vu? Hmm, pas convaincu d’y arriver mais je vais essayer.

Les Plateux

Prenez une avenue qui, il n’y a pas si longtemps, avait une multitude de petites boutiques originales, de friperies, de trucs un peu vieillots. Le genre de petite avenue où il fait bon faire son marché tranquillement un samedi: il y a la Fromagerie Hamel, la Maison du Rôti, la boulangerie Les Copains d’abord, la fruiterie, la chocolaterie, bref tout ces endroits où l’on peut, au fil d’une promenade, trouver tout pour une bouffe à s’en lécher les doigts.

Imaginez ensuite que petit à petit, dans un marché immobilier très actif, on voit les maisons du quartier être vendues à prix d’or, souvent à des professionnels étrangers - majoritairement Européens en fait - pour qui le prix en dollars canadiens est ridiculement bas (vérifiez un peu le taux de change de la livre sterling ou de l’euro…). Imaginez aussi que graduellement, les propriétaires de « plex » - duplex, triplex et autres - reprennent possession de leurs immeubles, qu’ils convertissent en condominiums, vendus eux aussi à prix d’or. Enfin, ajoutez la touche finale: les propriétaires d’immeubles commerciaux sur l’avenue, voyant le niveau d’affluence du quartier augmentant, haussent les loyers des commerces, avec le résultat que les petits commerces modestes, friperies, petits restos à prix modique et autres doivent fermer boutique, cédant le pas au petit resto chic spécialisé, au petit bistro siiiiii tendances, à la petite boutique de fringues hors de goût et hors de prix.

En fait, le cachet du Plateau Mont-Royal n’est pas - à première vue du moins - disparu. En général, les rénovations et transformations en condo ont respecté l’architecture. Le « look » est à peu près demeuré le même. Par contre, on remarque facilement deux « classes » de gens se promenant le samedi après-midi sur l’avenue Mont-Royal. Le monde « ordinaire » et les Plateux. Ces derniers sont facile à repérer: ils sont généralement en famille, c’est-à-dire: 2 adultes et un enfant (ou plus) ou 2 adultes et un cabot chien. Leur nature de Plateux se repère notamment à la façon qu’ils ont de déambuler l’avenue. À l’improviste, ils s’arrêteront devant une boutique ou un resto et entameront une discussion sur les bienfaits - ou méfaits - de tel ou tel article, sa disponibilité dans la oh-comme-c’était-meilleur-chez-nous boutique où l’on demeurait avant, le tout bien campé en plein milieu du trottoir, à voix suffisamment haute pour démontrer leur point de vue à quiconque entre dans un rayon de 2 mètres, et bloquant évidemment toute circulation piétonnière sur ledit trottoir. Notez que si le troisième membre de la famille est un cabot chien, il est généralement attaché par une laisse extensible, se qui permet au Plateux de le laisser filer à 3 mètres, ce qui accentue l’effet de blocage à cause de la foutue laisse.

Autre type de Plateux: la védette. La védette fait généralement partie de la distribution de l’un des multiples téléromans produits ici. Elle présume sait que sa gueule est connue de tous et s’attend donc à la déférence afférente à son statut de védette. Donc, soupirs exaspérés dès qu’il y a file, manoeuvres pas subtiles pour 2 sous pour couper ladite file et payer, sans évidemment porter attention à qui que ce soit autour, surtout pas ceux et celles à qui on balance un coup de sac question de se faire une place devant eux.

L’illustrissime pharmacie Jean Coutu, où l’on trouve de tout sauf…

Je ne saurais tenter de décrire le magasinage sur l’avenue Mont-Royal sans une parenthèse pour l’illustrissime pharmacie Jean Coutu, située au coin Bordeaux et Mont-Royal. Ah! Que de moments épiques vécus dans ce vénérable établissement! Commençons par décrire les paniers de magasinage: vous savez ces tout petits paniers sur roulettes que l’on met à la disposition des enfants dans les épiceries et chez Ikea? Ce sont LES paniers disponibles chez Jean Coutu. Et il y a une raison: ils sont minuscules, ce qui correspond à l’espace disponible pour circuler dans les allées du magasin. On veut tellement maximiser chaque pouce carré du plancher que naviguer une allée du magasin est une combinaison de contorsionnisme, de steeple chase et de combat extrême avec les autres clients. Pour un endroit qui se dit « pharmacie », je mets au défi qui que ce soit de tenter d’y naviguer avec des béquilles ou un fauteuil roulant! Bref, on y trouve de tout sauf la place pour magasiner agréablement. Mais bon, c’est bondé, alors ce n’est pas demain que ça changera…

Il reste du bon

Ce n’est pas parce que je décrie certains irritants que je méprise l’avenue Mont-Royal et le Plateau Mont-Royal. Loin de là. Je ne méprise que ceux qui s’attirent le mépris, par leur attitude, par leurs propos. J’apprécie toujours la courtoisie de mon fromager qui, même lorsque sa boutique est bondée, prends le temps de me servir, de me faire des suggestions, bref de me faire sentir que bien me servir lui importe. C’est grandement apprécié.

Et puis, il y a des moments où les Plateux n’envahissent pas l’avenue, où l’on retrouve tout le plaisir - et la quiétude - d’y circuler tranquillement.

La « mode » Plateau finira bien par passer, comme elle est passée dans plein d’autres quartiers de Montréal. Et avec un peu de chance, un équilibre se fera, qui évitera que tout ne tombe dans la désuétude. Les boutiques et restos seront peut-être un peu moins chics ou « in », mais on s’y sentira bien. Les gens se rappelleront à nouveau comment se regarder et se sourire dans la rue. Bref, le charme du quartier refera surface pour le monde ordinaire, ceux pour qui Montréal était un chez-soi hier et le sera encore demain.

 

3 Commentaires

  1. Elle est très bien cette description du Plateau. Je l’ai visité juste à vous lire. Merci !

  2. Pourquoi vous méprisez deux adultes avec un enfant? Parce qu’ils ralentissent le traffic le samedi ? Il faudrait qu’on aille marcher dans le Nord? c’est la qu’on marche?

  3. Il ne faudrait pas me faire dire ce que je ne dis pas: je ne méprise pas deux adultes avec un enfant. Ce que je méprise, c’est une situation du genre «Oh, chéri, regarde la jolie robe dans la vitrine! Tu crois qu’elle m’irait bien?», alors que le petit troupeau familial s’arrête pile en plein milieu du trottoir, bloquant toute possibilité pour les autres piétons de justement pouvoir circuler. Ceux-là, ils m’emmerdent, incapables qu’ils sont d’avoir la courtoisie de dégager un peu le passage. Quant au gamin, je suis loin de lui en vouloir, il n’a pas vraiment le choix de suivre les deux adultes. Je trouve juste dommage par contre que ces derniers soient incapables de lui donner un semblant d’exemple de savoir-vivre, tout concentrés qu’ils sont sur leur petite personne. Vous voyez Nina, je ne méprise pas tout le monde, juste les gens méprisables.

Ajouter un commentaire