Pied de Poule - Un pied-de-nez au showbizz
Publié dans Showbiz, le 30/11/1982 à 9:51, par BenoitLes 24, 25 et 26 novembre, le spectacle “Pied de Poule” était présenté, à guichets fermés, au Cinéma Laurier de Victoriaville.
Après tout ce qui a déjà été dit de Pied de Poule, il n’est pas facile de pondre un article qui donne du neuf. Cette tragi-comédie musicale est une éclosion de talent, celui d’un auteur, Marc Drouin, et d’un compositeur, Robert Léger.
Ensemble, ils ont conçu une pièce de théâtre en chansons, en y mettant le paquet. Histoires d’amour, meurtres, argent, drogues, tout y est. Mais par-dessus tout, c”est le showbizz qui subit l’affront. Le showbizz où l’argent domine, où le coup publicitaire pour mousser une promotion de film devient essentiel, où les moyens d’arriver au sommet ne sont jamais assez bas. La fin justifie les moyens, mais quelles fins?
Les personnages
Ils sont sept comédiens-chanteurs-danseurs-musiciens à donner vie sur scène à ce petit univers hétéroclite conçu par le duo Drouin-Léger. D’abord Normand Brathwaite dans le rôle de François Perdu, le héros. Si l’on avait perçu son talent dans «Chez Denise», voilà qu’ici on en a la confirmation. Le fil conducteur, c’est lui.
En mimique ou en chanson, il séduit le public du début à la fin.
Nathalie Gascon dans le rôle d’Olive Houde, du docteur Gaillard et de Singapour Sling est à cent lieues de celle que l’on a découvert dans le rôle de Martine, dans le téléroman «La bonne aventure». Quelle voix! Trois personnages bien définis, tous différents à l’extrême, et l’on n’y voit que du feu. Si jamais elle se lassait du théâtre, son succès serait assuré dans la chanson.
Marc Labrèche, dans son rôle de Desmond Bigras, est détesté du début à la fin, donc excellent. Tout ce qu’il fait est tellement poussé à l’excès que plusieurs spectateurs semblent avoir oublié qu’il fallait du talent pour en mettre autant.
Geneviève Lapointe, dans le rôle de Dolbie Stéréo et d’une groupie, suffit bien à sa tâche. La popularité de la chanson Pied de Poule à la radio nous laissait croire à une présence plus importante. Ah! C’est bien là le danger d’aller voir un spectacle avec des idées préconçues. Cela ne lui enlève rien mais on aurait seulement voulu en avoir un peu plus. Mario Légaré et André Lacoste, deux policiers, deux bons musiciens, assument bien leurs rôles. Frédérike Bédard, le dernier personnage, est aussi une groupie. Une groupie qui nous fait friser la crise de nerfs avec ses éternels «Y’est quelle heure, là?» En sa qualité de petite soeur tannante, on ne fait pas mieux… ou pire!
Le spectacle
Pied de Poule est un spectacle divertissant, entraînant. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec deux films: «The Rocky Horror Picture Show» et «Phantom of the Paradise». Cette pièce est dans la même lignée de divertissement. «Rocky Horror» nous vient de Grande-Bretagne, «Phantom» des U.S.A., et Pied de Poule, c’est chez nous. Ne tentez pas d’imaginer à l’avance ce que vous réserve Pied de Poule, vous seriez déçus. Ce «show», c’est du jamais vu au Québec; un seul précurseur, peut-être, «l’Ostid’show» de Charlebois et Mouffe. En voyant le spectacle on comprend l’ampleur du phénomène, car il y a vraiment phénomène. Les préjugés ne peuvent que nuire.
Sur ce, je vous laisse… Amusez-vous bien. Y’est quelle heure, là?
Paru dans l’hebdo L’Union des Cantons de l’Est - 30 novembre 1982