«En pleine farce» avec humour et talent
23 11 1982Trois soirs consécutifs, Jean Lapointe a fait salle comble au Cinéma Laurier de Victoriaville. Juste succès pour un artiste que Félix Leclerc qualifie «d’amuseur» et qui se donne à fond chaque fois qu”il entre en scène.
Avec le succès remporté par son dernier spectacle «Pour le fun», Jean Lapointe avait trouvé l’équilibre qu’il recherchait sur scène. Il se devait donc de poursuivre son cheminement. Avec «En pleine farce», c”est maintenant chose faite.
Dès l’entrée en scène, Lapointe et ses musiciens, sobrement vêtus de noir, donne le ton avec «Kick la Kékanne». Suit un mot de bienvenue au public auquel il parle du motel où il séjourne à Victoriaville et des retardataires qui «doivent venir de Saint-Valère; ça se comprend, les chemins sont raboteux dans ce coin-là.» Cette familiarité avec son auditoire crée une intimité qui ne se dissipera qu’à la sortie du spectacle.
Suivent quelques imitations et la visite du Senor Lopez, découvert dans «Pour le fun». Il ramènera aussi Hector Bédard, le puritain anti-sexe. Pour ce qui est du reste du spectacle, place à la nouveauté: nouvelles chansons - «Un peu d”amour», «Au temps de la bonne chanson», «Gospel» - et nouveaux monologues - «Pianiste au Raindrop», «L’amateur de hockey» et «Voyage à New York». Il ramène aussi ses grands succès, tels «C’est dans les chansons», «Mon oncle Edmond», «Cyrano», «Rire aux larmes», «La corneille» et d’autres encore.
Bref, c’est le Jean Lapointe que nous avons appris à connaître depuis qu’il fait cavalier seul. Il est agréable de constater que le spectacle est bien rodé, l’unité sur scène constante. Le spectacle amuse, l’émotion jouant un rôle un peu moindre cette fois-ci, bien qu’une finale-choc au monologue du «Pianiste du Raindrop» crée un moment intense, l’espace d”une seconde.
Musicalement, ceux qui ont apprécié ses albums précédents ne seront pas déçus. La collaboration Jean Lapointe - Marcel Lefebvre nous donne des textes tantôt teintés d’humour, souvent teintés d’amour. Sur scène, sous la direction musicale de Daniel Piché, les cinq musiciens - Gilles Saint-Amand à la batterie, Jacques Valois à la basse électrique, Pierre Niquette à la guitare, François Asselin au claviers et Piché au piano - appuient bien l’ensemble du spectacle, présents mans sans voler la vedette.
Si l’on note quelques longueurs à certains moments, on demeure tout de même sous le charme et il est probable que l’équipe de production, Jean Lapointe en tête, aura vite fait de les faire disparaître.
Et après le spectacle
Souvent, lorsqu’on se risque à l’arrière-scène pour rencontrer un artiste, on réalise - oh déception! - qu’entre l’artiste et l’individu, il y a toute une différence. Avec Jean Lapointe, pas de mauvaise surprise; au contraire, malgré un horaire chargé, il trouve le temps d’être disponible, prêt à parler de cette passion qui l’anime, la scène.
Amuseur, il l’est; toujours un sourire en coin, il parle avec amour de ce métier auquel il se donne passionnément. Comme il le dit lui-même, «…j’ai besoin d’être très près des gens, de les sentir. J’ai besoin de ça, sinon je m’ennuierais».
Mais Jean Lapointe ne s’ennuie pas; le lendemain de son premier spectacle à Victoriaville, il était debout à neuf heures, travaillant ses textes, discutant avec ses collaborateurs, afin d’améliorer encore et toujours ce spectacle qui a déjà pourtant tant de succès.
Perfectionniste, oui. Mais aussi respectueux de ce public qui s’est attaché à lui et auquel il s’est attaché. Ce respect mutuel fait que Jean Lapointe est aujourd’hui l’un des artistes les plus aimés au Québec. Et l’avenir nous réserve encore bien des surprises, telles ces idées de film et de spectacle avec Yvon Deschamps. Des choses qui devraient voir le jour en 1984. Si sa philosophie est de vivre au jour le jour, il cherche néanmoins à se donner encore mieux à son public. C’est pour tout ça qu”on l’aime.
Texte publié dans le journal L’Union des Cantons de l’Est - 23 novembre 1982






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