Micheline et Roger Hontebeyrie, 50 années d’amour

Dans la vie, il y a des gens qui nous touchent, nous inspirent. Nous aiment aussi. Des gens sans la présence de qui la vie aurait manqué d’un quelque chose d’immensément humain, chaleureux.

Micheline et Roger Hontebeyrie - 10 mai 1962

Micheline et Roger Hontebeyrie - 10 mai 1962

Pour moi, Micheline et Roger Hontebeyrie font partie de ces gens. Tout à fait par hasard d’ailleurs, du fait qu’ils sont les parents d’Isabelle Hontebeyrie, la femme de ma vie. Accessoirement, je me suis aussi retrouvé avec un beau-frère – Vincent Hontebeyrie – qui est, en fait, beaucoup plus le frère que je n’ai jamais eu qu’un ‘beau-frère’. La vie a ceci de magique, cette façon de mettre sur notre chemin des gens qui, sans qu’on le sache, sans qu’on s’y attende, nous apprennent des choses, nous font cheminer en fait, autant dans notre vision même de la vie que dans notre appréciation du quotidien et de la vie en général.

Cet automne, cela fera 10 ans qu’Isabelle et moi partageons nos vies, avec un amour que je ne peux qualifier que de ‘facile’. Pourquoi facile? Parce que c’est un amour comme je n’en avais jamais connu avant, un amour sans petite guerre de pouvoir, sans compromission, ce qui avait toujours – tôt ou tard – miné mes relations précédentes. Du coup, on a beau aimer la fille, cela implique qu’il y a quelque part des beaux-parents, et tout gendre – ou gendre éventuel – pourra vous dire que c’est quelque chose que l’on redoute quand même un peu!

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Enfin le soleil!

Ahhh, le soleil! Il a daigné se repointer le bout du nez samedi et semble installé pour au moins quelques jours, avec une hausse des températures qui provoque un sourire quasi-automatique chez tout le monde.

Si mon lundi est sous le signe de la radiothérapie (scans de préparation en matinée et traitement au fémur droit en après-midi), ça ne diminue en rien mon appréciation de ces belles journées. D’ailleurs, ce matin, après les scans, plutôt que de rentrer prestement à la maison, Isabelle a suggéré que l’on passe par le parc Lafontaine. Aussitôt dit, aussitôt fait!

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Les visages de la douleur – 4

Ouais, bon, j’ai un peu tardé pour le dernier volet sur les visages de la douleur. C’est plus par faute de temps qu’autre chose. En fait, j’inclus ce quatrième volet parce que dans les définitions des douleurs qui peuvent affliger les patients atteints de cancer, on inclut le spirituel. Je dois dire que dans mon cas, c’est probablement le seul des quatre qui ne m’a pas fait mal.

C’est aussi pourquoi ce sera un billet plutôt bref. En effet, pour commencer, même si je suis – sur papier, du moins – catholique romain, ayant été baptisé, confirmé (et ayant même été enfant de chœur quand j’étais gamin), il y a belle lurette que la foi – telle que prêchée par l’église catholique – ne fait plus partie de mes valeurs. Depuis l’âge adulte, je n’ai jamais été à l’aise avec la notion d’un ‘dieu’ tel que défini par les différentes religions. Cela ne veut pas dire que j’exclus la possibilité qu’un être divin existe, mais si tel est le cas, je ne l’imagine absolument pas comme juge et arbitre de ce qui m’attend après la mort, pas plus que je ne l’imagine comme la ligne d’écoute spirituelle en attente de mes appels à l’aide quand, comme après les résultats de scans de janvier dernier, j’imagine pendant un temps que la mort est foutrement proche.

Par contre, je pourrais dire que j’ai beaucoup plus foi en une forme d’existence après la mort. Peut-être que c’est une forme de réassurance qui est née de différentes lectures, ou simplement la façon dont mon esprit a fait la paix, il y a bien des années, avec la mort, avec l’idée que j’avais que la vie était bien futile si tout ce que le trajet impliquait pour l’esprit, c’était de naître, vivre, et retourner à la Terre avec rien après. Je suis à l’aise avec cette foi, et si jamais je me mets un doigt dans l’œil, après la mort, ça ne fera plus de différence.

Donc, côté spiritualité, l’essentiel pour moi est de vivre selon mes valeurs et mes principes, en respectant les autres et en respectant du mieux que je peux ce monde dans lequel je vis. Je n’ai pas besoin que ce soit encadré par quelque dogme que ce soit pour être à l’aise avec ça et être à l’aise avec moi-même.

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Les visages de la douleur – 3

Après le physique et le psychologique, l’émotif. Pour moi, c’est sans doute le pire à définir et à gérer. On peut traiter le physique avec des médicaments. Idem pour le psychologique, jusqu’à un certain point. Pour l’émotif, je patauge encore et toujours.

Tout ce qui peut marquer une vie – joie, peine, regrets, rancunes, colère, espoir -, tout ça et bien d’autres choses entrent dans la case ‘émotif’. Alors, quand on en arrive à un point de la vie où l’on nous diagnostique avec une maladie incurable, en phase terminale, tout peut vite dégénérer en tourmente émotive.

Au cours des quatre premières années de mon cancer, ce n’était pas trop complexe à gérer. Certes, j’ai ressassé ma vie je ne sais combien de fois, regardé tous les rêves d’avenir qui venaient de se faire couper l’herbe sous le pied.

Là où les choses sont devenues beaucoup plus complexe à gérer, c’est depuis l’an dernier. À deux reprises, la situation a été telle que l’on me laissait clairement sentir que mon temps était compté. Tout d’abord, il y a eu l’étape des embolies pulmonaires, en juin dernier, puis il y a eu l’autre coup, nettement plus dur, en janvier dernier, alors que les scans ont montré une explosion de métastases suite à l’échec d’une chimio.

À partir de là, gérer les peurs, ne pas tout transformer en regrets, ruminer des colères inutiles qui ne semblent pas vouloir s’éteindre devient un défi difficilement gérable. L’émotif s’embrouille forcément avec le psychologique – les période dépressives – et le quotidien se fait lourd, très lourd. En plus, à cause de l’incapacité physique provoquée par la maladie, comment ne pas se sentir un fardeau pour la femme que l’on aime, pour ses proches et son entourage?

C’est un défi quotidien que de ne pas gaspiller mes énergies à sombrer dans l’analyse à outrance de tout ça. Apprendre à accepter le vécu passé pour ce qu’il est, avec ses bons et ses mauvais côtés, et arrêter une fois pour toute de le revivre émotivement. Apprendre à rêver dans la mesure où c’est toujours possible, à une échelle où les rêves peuvent effectivement se réaliser. Cesser d’être en colère, que ce soit contre une ex qui n’attend que le jour où je crèverai pour pouvoir empocher la police d’assurance ou contre le médecin qui, à cause d’un suivi mal foutu, a fait que je me suis retrouvé avec une myopathie. À quoi est-ce que ça sert? À rien, sinon à me miner le moral.

Quand, physiquement, la douleur est sous contrôle, concentrer mes énergies sur ce qui m’intéresse, à faire des choses que j’apprécie est ce que je tente quotidiennement de prioriser, avec plus ou moins de succès. Mais avec les hauts et les bas, ça demeure le volet le plus difficile de tous, pour moi, à maîtriser. Il suffit d’une passe de fatigue, je m’étends et sans le vouloir, ça dérape. L’esprit se met à jongler à des niaiseries qui devraient avoir été casées et oubliées depuis belle lurette, et tout part en une spirale qui ne peut, inévitablement, qu’être déprimante.

Apprendre à laisser aller le passé, une fois pour toute, est un défi quotidien pour l’émotif que je suis. Petit à petit, j’y arrive mieux, surtout – comme je le mentionnais – quand la douleur est sous contrôle et que le côté psychologique – anxiété, dépression – est relativement stable.

Heureusement qu’il y a l’amour d’Isabelle et des autres proches – Micheline, Roger, Vincent, Valérie, Vincent, Alex, notamment – pour m’aider à travers tout ça. Mais n’empêche que l’on a beau savoir qu’ils sont là, avec un amour sincère et indéfectible, il est difficile – quand je regarde mes incapacités en face – de ne pas me voir comme autre chose qu’un fardeau pour les gens que j’aime. Et ça, c’est aussi une forme de douleur, et il n’y a pas de p’tite pilule qui calme ça tout d’un coup…

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